Nous sommes partis du Morne-Rouge hier matin, à cinq heures, au petit jour. Deux nègres, armés de coutelas et portant nos vivres, ouvraient la marche. Les guides nous étaient nécessaires pour nous frayer un chemin à travers les bois, où les branches et les lianes obstruent en quelques jours les sentiers et les rendent imprati- cables, pour nous aider à franchir les crevasses et à nous glisser dans le lit des torrents, enfin pour nous tendre la main lorsque les roches verticales et glissantes n'offraient aucune saillie. A un kilomètre du Morne-Rouge, nous avons quitté la- route et nous avons pris par les savanes, le long d'un bois bordé par un talus sur lequel poussaient à merveille les bégonias roses. L'herbe est toute bleue de la rosée du matin. Dans les savanes, cette herbe fort haute nous vient jusqu'aux genoux. Nous en sortons tout ruisselants. Le bois que nous longeons, en contournant le morne de la Calebasse, est planté de pommiers roses et de goyaviers. Les goyaviers, qui sont chargés à la fois de fleurs et de fruits, sont enlacés par des lianes qui unissent leurs fleurs à celles de l'arbre qui les soutient' et les nourrit. Rien n'est gracieux comme cet harmonieux mélange de fleurs hétérogènes, différentes de couleur et de forme.. Tout à coup, sur notre gauche, le bois s'ouvre en une large trouée et développe à nos yeux un horizon lointain, du côté de Saint-Pierre, avec des collines irradiées par le soleil levant et, au delà, lamer des Antilles, bleue, sans brouillards, à peine moirée par la brise. Après avoir laissé derrière nous le morne de la Calebasse, nous entrons sous bois. Alors commence l'ascension du premier mamelon qui sert de contrefort à la masse centrale de la Montagne-Pelée. La pente est douce. C'est moins un chemin que nous suivons qu'une allée accidentée, d'aspect sauvage, une espèce de couloir dont la voûte fraîche et verte est ornementée de bizarres festons. Les hautes branches qui passent horizontalement sur notre tête et qui soutiennent, comme une charpente irregulière, cette toiture de feuillage, sont parées de lambeaux de dentelle de mousse tombant en forme de franges découpées et efHlochées. Elles sont si gon- ftées d'humidité .qu'elles distillent cdntmuellement des gouttes de pluie. Sur le& arbres~ de ce bois, aux embranchements, sont assis des choux parasites, î~rges et ventrus, vivant sur le tronc de sa sève sans que l'arbre paraisse incommodé de la succion de cette végéta- tion étrangère~ En~ sortant de: bois -sombre, nous entrons en vive lumière, au::mtlie~d'ttne large Jétenduë de terrain où poussent à foison des ft'a~b~i~ers s~va~.t't'ouges.de fruits. Les framboises portent leur duve~€t~ontencëfo''p&rêes.d& pelles-de-rosée. Courant de bouquet en bouquet, à travers les ronces, nous cueillons avidement,