laisse une langue de sable à nu snr le rivage, au pied des roches.
Les pécheurs, dès l'aube, viennent y amarrer leurs canots et y jeter
leurs filets. Oh! le joli spectacle, mais trop rapide, qui se déve-
loppe sous nos yeux 1
De Belle-Fontaine à Case-Pilote, la côte s'éloigne et la baie s'en-
fonce. ~otre bateau filant au large nous donne maintenant un
recul suffisant pour embrasser un plus vaste horizon. Ce sont des
chaîner de collines qui descendent, en s'échelonnant, du massif
central de l'île et viennent mourir au milieu des arbres jusque sur
le rivage. Au pied de ces collines, entre elles et la mer, s'étend
parfois une petite plaine circulaire. On dirait l'immense arène d'un
cirque verdoyant dont la déclivité des collines forme l'amphi-
théâtre.
Là, tout est vert; mais quelle variété de teintes et quelle diver-
sité de tons! Quelle gamme de nuances, depuis le vert minéral aux
reflets bleus jusqu'au vert tendre de Véronèse Au fond des ravins,
dans l'ombre, sur la croupe claire des collines, sur les flancs
ardents des pitons, ce sont des valeurs différentes dans l'intensité
de la verdure. Le soleil levant, paraissant derrière les sommets,
jette sur cette nature si riche l'éclat atténué de ses rayons
obliques, glisse doucement sur les champs de cannes, fait resplendir
la rosée sur les fougères et les hautes herbes et tire des étincelles
du clocher de Cet~VeM~'e qui se dresse dans le lointain.
Bientôt la mer nous aveugle ,de ses ardents reflets. Le soleil
nous enveloppe et flambe. Les plantes supportent ces rayons de
feu sans en souffrir. Les créoles peuvent les braver sans grand
danger; mais les Européens ont toujours à redouter des insola-
tions foudroyantes.
Nous avons déjà doublé la PotM~~ ~V~'M, et nous entrons dans
la rade de Fort-de-France, laissant à notre gauche, nous dominant,
la gracieuse habitation de Bellevue, et à notre droite le fort Saint-
Louis, dont la masse silencieuse et endormie s'avance dans la mer.
` in
LÀ MONTAGNE-PELÉE.
La Montagne-Pelée est un volcan éteint. Son cratère, dont tes
bords brisés sont formés de gigantesques dentelures aiguës, s'est
obstrue, et l'orifice, qui devrait être béant, est remplacé par un lac
tranquille. Ce lac est alimenté par les brouillards aqueux et lourds
qut enveloppent presque toujours la cime-doucette montagne.
J'~vais,,depuis longtemps, l'ardente envie de gravir le mont, d'en
atteindre le sommet et de me rendre compte des merveilles dont
on me parlait sans cesse.
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-G-2705 (16)