donner passage, à travers ses fentes, à des poussées de verdure et à des jets d'arbustes vivaces. Au bas de leurs parois verticales s'élancent hors du sol des arbres levant la tête et les bras, comme pour atteindre les lianes et les branches qui pendent du sommet de ces roches fertiles, couronnées, sur leurs croupes, de manguiers et de bananiers aux larges féuilles. Dans l'intervalle des collines, l'intérieur de l'île nous apparaît par échappées. On aperçoit au loin des champs de cannes à sucre, des bouquets d'arbres touffus, et plus loin des sommets encapu- chonnés de vapeurs immobiles et formant au-dessus des pitons du Carbet de grands panaches lourds. ` Voici le Carbetl L'approche du village est annoncée pa~ une longue haie de cocotiers, alignés en bosquets, ombrageant le rivage sur un parcours de deux kilomètres et offrant ie plus charmant aspect. Le centre du bourg est composé d'un groupe de maisons rangées paresseusement autour d'une place. Là se trouvent l'école, ta'gendarmerie, la mairie et l'église, dont on distingue de loin le clocher, aigu comme une aiguille et perçant un massif de verdure. Le reste du village, assez populeux et fort étendu, se trouve caché et comme enfoui derrière les cocotiers et sous leur ombre. C'est un des plus beaux sites que j'aie jamais vus. Je crois qu'on n'en trouverait pas au monde de plus pittoresque, de plus original et de plus attachant. Comme je me suis senti loin de mon pays en le contemplant! Ce sont bien là les Antilles, ces Mes convoitées o~ mon imagination d'enfant me transportait, à la suite de Christophe Colomb, pendant mes années du collège 1 Quel spectacle enchan- teur! Sous les cocotiers toujours chargés de fruits, je distingue cà 1 et là quelques cases dans l'ombre; le long du rivage, de grands filets étendus sèchent sur des piquets; des enfants tout. nus, crépus et noirs, nous regardent passer et jouent avec les vagues; des barques à sec sont allongées sur le sable; des.pêcheurs, hommes et femmes, poussent un canot à la mer. Je me demandais, sous le charme, si ce n'était pas là l'île de Robinson et les sauvages aux- `. quels Vendredi avait si miraculeusement échappé. Or, c'est la plus douce, la plus frugale et la-plus inoffensive population de l'île, Notre bateau vient de doubler le Morne 6«'M/ Le Carbet se
cache à nous et le mirage s'évanouit.. ° °
Nous glissons vers le fond Capot, en rasant la côte, tantôt glis-
sant dans l'ombre projetée par les collines, dont les ôndulations'se ·
succèdent, tantôt, quand une trouée se produit, mondés d~
lumière dans le rayonnement du soleil levant. Nous côtoyons ïa
roche, renflée et ventrue par endroits, suspendue sur la MN*
comme:-si; elle eut manqué de base'et ouvrant en dessous des~
cavités sombres où les vagues s'engouffrent avec dea murmurer!
En un point,'vers le /M CtMtMMtOM falaises s'enfoncent en~ <
demi-cercle et 'forment des anses silencieuses, àl'abri,. ôù:Ia~e!"