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sans beauté ni laideur, sans vice ni vertu, elles
croupissent dans l'inaction, et vont se perdre
dans une éternité chimérique, elles portent
avec elles les infirmités de la vieillesse, et les
symptômes de Fimbécilité, je veux dire le dé-
faut de conscience et celui de mémoire que,
suivant Spinoza, la mort leur enlève par un bien-
fait.

Pour Leibniz, au contraire, l'immortalité de
l'âme enveloppe le souvenir et la connaissance
de ce que nous sommes, c'est-à-dire la per-
sonne humaine. « Je pense, nous dit-il, con-
trairement à Spinoza, que toujours quelque
imagination et quelque mémoire demeurent, et
que sans elle, l'âme serait un pur néant. Il ne
faut pas croire que la raison existe sans le sen-
timent ou sans une âme. Une raison, sans ima-
gination ni mémoire, est une conséquence sans
prémisses. »

Telle est, sur l'immortalité, la doctrine de nos
deux philosophes; leurs voies sont diverses,
leurs mérites ne le sont pas moins. On ne voit
pas, en effet, que Spinoza ait rien fait en philo-
phie pour maintenir la prérogative des esprits
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