Ce n'est pas seulement l'activité qui manque à cette âme tout idéale et tout abstraite, que Leibniz compare fort bien à un nombre, c'est aussi la simplicité, l'identité, la spiritualité et l'immortalité. Quoi de plus complexe, en effet, que cette âme de Spinoza, qui est l'idée d'un corps, c'est-à-dire une idée composée d'une foule d'autres idées qui répondent aux innom- brables parties du corps, et dont la trame plus mince et plus déliée sans doute n'est pas moins compliquée que celle des tissus de ce corps qu'elle exprime ? 2 Mais aussi, quoi de plus changeant ? « Suivant Spinoza, l'âme change à chaque moment, nous dit Leibniz, parce qu'aux changemens du corps correspond un changement dans son idée. » Et plus loin « L'âme est pour lui tellement fugitive, qu'elle ne dure pas même dans la minute pré- sente. » Je ne m'étonne plus ensuite s'il fait des créa- tures autant de modifications passagères. En effet, une âme sans réelle unité, sans identité véritable, et tout à fait incapable de se suffire à elle-même, n'a rien de la substance et ne sau-