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56 MANETTE SALOM.ON

air, sa grosse voix mâchonnant les mots, sa dure et
forte moustache, ses cheveux ras. Quand il entrait
dans l'atelier, le respect et le salut du silence se
faisaient devant sa tête robuste et penchée de côté,
ses tempes grises sous son bonnet grec, ses yeux
aux paupières lourdes, ses traits carrés, taillés lar-
gement dans des traits d'ouvrier, et se voyait,
sous l'air grognon, une bonté de peuple. Un souffle
de recueillement passait sur toute cette jeunesse, et
les plus gamins se sentaient une petite peur d'émo-
tion quand le maître leur parlait. On l'estimait, on
le craignait, et on le vénérait. Dans la gronderie de
ses avertissements, dans la forme souvent brutale
de ses blâmes et de ses encouragements,, il y avait
une chaleur de coeur, une brusquerie de vive affec-
tion qui n'échappait pas à ses élèves. On lui savait
gré de ses colères impuissantes, de ces rages qu'il
répandait en gros mots, quand son peu d'influence
dans les jugements des concours de prix de Rome
avait fait manquer à un de ses élèves un prix enlevé
par l'intrigue et la partialité de ses confrères tenant
atelier comme lui. On lui était encore reconnais-
sant de sa tolérance pour les vieux usages transmis
par les ateliers de la Révolution aux ateliers de
Louis-Philippe. Langibout était indulgent pour les
farces, et même pour les charges un peu féroces. Il
trouvait que cela essayait et trempait la virilité des
gens, disant que les hommes n'étaient pas « des
demoiselles »; que de son temps, c'était bien autre
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