MANETTE SALOMON 4q à ne pas leur donner envie de revenir. Des lâches, je te dis, les amis Et sur tout le chemin' jusqu'à Paris, son grand corps donna tous les signes d'une colère de créole qui ne veut rien entendre. Naz de Coriolis était le dernier enfant d'une fa- mille de Provence, originaire d'Italie, qui, à la Ré- volution de 89, s'était réfugiée à l'île Bourbon. Un oncle, qui était son tuteur, lui faisait une pension de six mille francs, et devait lui laisser à sa mort une quinzaine de mille livres de rentes. Ce nom aris- tocratique, cette pension, cet avenir, qui était une fortune à côté de la pauvreté de ses camarades, l'élégance de tenue de Coriolis, le monde où l'on se disait qu'il allait, les maîtresses avec lesquelles il avait été rencontré, les restaurants où on l'avait en- trevu, mettaient entre lui et l'atelier le froid d'une certaine réserve. Langibout lui-même éprouvait une sorte de gêne avec le « gentilhomme », comme il l'appelait et il y avait un peu de brusquerie amère dans la façon dont il laissait tomber sur ses esquisses si vives et si colorées « C'est très-bien, très-bien. mais c'est fermé pour moi. vous savez, je ne comprends pas. » On plaisantait un peu Coriolis, mais doucement, prudemment, avec des malices qui ne s'aventuraient pas trop. On savait que les charges trop fortes ne réussiraient pas avec lui. On se rappelait son duel avec Marpon, lors de son entrée à l'atelier, le duel pour rire* avec des