44 MANETTE SALOMON ans, qui avait conservé la souplesse et l'harmonieux équilibre de la jeunesse; le corps de Gi!bert5 ce corps tout plein des trous d'une sculpture à la Pu- f>t, de Gilbert, le modèle pour les satyres, les con- \sionnaires, les ardents. Il dessina d'après ce coi de Waill, le corps d'un éphèbe florentin, le torse v'selé, les pectoraux accusés sur l'adolescence de la poi rine, les jambes fines et montrant la souple élégance, la longueur filante d'un dessin italien du seizième i/ècle, des formes de cire sur des muscles d'acier; :e corps de Thomas l'Ours, cet ancien lutteur de l.yon, renvoyé de son régiment à cause de son appétit, le vorace qui prenait son café au lait dans une terrine de sculpteur avec un pain de six livres, et que nourrissaient par commisération les domestiques de Rothschild; un corps de damné de Michel-Ange, les épaules d'Atlas, une musculature .de Crotoniate et d'animal dévorateur où les mou- vements faisaient courir des boules sous la peau. Anatole eut encore les corps de grâce sauvage, ner- veux, ondulants, élastiques, du nègre Saïd, du nègre Joseph de la Martinique, le nègre à la taille de femme, aux bras ronds, qui charmait les fatigues de sa pose par des monologues à demi-voix, gazouil- lés dans la langue de son pays. Il eut la fin de ces modèles héroïques, à constitution homérique, for- més dans l'atelier de David, la poitrine élargie commè à l'air de ces grandes toiles antiques; vieux '.débris d'un Empire de l'art, auxquels l'atelier ne