MANETTE SALOMON 41 canaille et sa risée salissante, jetée à tout ce qui est honneur, amour, famille, le drapeau ou la religion du coeur de l'homme la Blague, emboîtant le pas derrière l'Histoire de chaque jour, en lui jetant dans le dos l'ordure de la Courtille la Blague, qui met les gémonies à Pantin; la Blague, le vis comica de nos décadences et de nos cynismes, cette ironie où il y a du rictus de Stellion et de la goguette du bagne, ce que Cabrion jette à Pipelet, ce que le voyou vole à Voltaire, ce qui va de Candide à Jean Hi- roux la Blague, qui est l'enrayant mot pour rire des révolutions; la Blague, qui allume le lampion d'un lazzi sur ùne barricade; la Blague, qui de- mande en riant, au 24 février, à la porte des Tuile- ries « Citoyen, votre billet » la Blague, cette ter- rible marraine qui, baptise tout ce qu'elle touche avec des expressions qui font peur et qui font froid; la Blague, qui assaisonne le pain que les rapins vont manger à la Morgue la Blague, qui coule des lèvres du môme et lui fait jeter à une femme enceinte « Elle a un polichinelle dans le tiroir » la Blague, où il y a le nil admirari qui est le sang-froid du bon sens du sauvage et du civilisé, le sublime du ruisseau et la vengeance de la'boue, la revanche des petits contre les grands, pareille au trognon de pomme du titi dans la fronde de David la Blague, :tte charge parlée et courante, cette caricature volante qui descend d'Aristophane par le nez de Bouginier; la Blague, qui a créé en un jour de