MANETTE SALOMON 3y t. 1. 3 coulements, tous les caquetages gazouillants des bêtes qui semblaient s'éveiller sous sa blouse. Des journées qu'il passait au Jardin des Plantes à étu- dier les animaux, il rapportait leur voix, leur chant. Quand il voulait, son larynx devenait une ménagerie il faisait entendre le cerf qui brame, la panthère noire qui siffle avec le bruit de la scie dans du bois. Du fond d'un chapeau, il faisait sortir, comme d'une gorge de l'Atlas, le rauquement du lion, un rugissement si vrai, que, la nuit, Jules Gérard eût tiré dessus au jugé. Pour les bruits Hu- mains, il les possédait tous. Il imitait les accents, les patois, les bruits de la rue, le chantonnement de la marchande de vieux chapeaux, la criée de la mar- chânde de « bonne vitelotte » le cri du vendeur de canards s'éteignant dans le lointain d'un faubourg, tous les cris il n'y avait que le cri de la conscience qu'il disait ne pouvoir imiter. L'atelier avait en lui son amuseur et son fou, un fou dont il n'aurait pu se passer. Au bout de ces grands silences de travail qui se font là, après un long recueillement de tous ces jeunes gens pliés sur une étude, quand une voix s'élevait « Allons! qu'est-ce qui va faire un four? » Anatole lançait aussitôt quelque mot drôle, faisant courir le rire comme une traînée de poudre, secouant la fatigue de tous, relevant toutes les têtes de dessus les car- tons, et sonnant jusqu'au bout de la salle une récréa- tion d'un moment.