Home Plain text
Text mode Audio mode
page 36 (screen 44 of 329)
Next page Previous page  
  Last page First page


36 MANETTE SALOMON

mener de Monnier à Hoffmann, au grand amuse-
ment et dans le rire fou de ses compagnons de
voyage. Il avait la vocation de l'acteur et du mysti-
ficateur. Sa parole était soutenue par son jeu, une
mimique de Méridional, la succession et la vivacité
des expressions, des grimaces, dans un visage
souple comme un masque chiffonné, se prêtant à
tout, et lui donnant l'air d'une espèce d'homme
aux cent figures. A ce tempérament de comique, à
tous ces dons de nature, il joignait encore une sin-
gulière aptitude d'imitation, d'assimilation de tout
ce qu'il entendait, voyait au théâtre, et partout,
depuis l'intonation de Numa jusqu'au coup de jupe
d'une danseuse espagnole piaffant une cachucha,
depuis le bégaiement de Mijonnet, le marchand de
-tortillons de l'atelier, jusqu'au jeu muet du mon-
sieur qui cherche sa bourse en omnibus. A lui tout
seul, il jouait une scène, une pièce c'était le relai
d'une diligence, le piétinement des garçons d'écurie,
les questions des voyageurs endormis, l'ébranle-
ment des chevaux, le hu du postillon ou bien
une messe militaire, le Dominus vôbiscuni chevro-
tant du vieux prêtre, les répons criards de l'enfant
de choeur,' le ronflement du serpent, les nazillements
des chantres, le son voilé des tambours, la toux du
pair de France sur la tombe du mort. Il singeait
un grand air d'opéra, un ut de ténor. Il contrefai-
sait le réveil d'une basse-cour, la fanfare fêlée dv
coq, les gloussements, les cacardements, les rou-
Text mode Audio mode
page 36 (screen 44 of 329)
Next page Previous page  
  Last page First page
Home Plain text