MANETTE SALO.MO.N 25 T. 1. 2 resse de l'enfant adroit de ses mains, qui dessine à côté de ses devoirs, sans le coup de foudre, sans l'illumination soudaine qui fait jaillir un talent du choc d'un morceau d'art ou d'une scène de nature. Au fond, Anatole était bien moins appelé par l'art qu'il n' était attiré par la vie d'artiste. Il rêvait l'ate- lier. Il y aspirait avec les imaginations du collége et les appétits de sa nature. Ce qu'il y voyait, c'était ces horizons de la Bohême qui enchantent, vus de loin le roman de la Misère, le débarras du lien et de la règle, la liberté, l'indiscipline, le débraillé de la vie, le hasard, l'aventure, l'imprévu de tous les jours, l'échappée de la maison rangée et ordonnée, le sauve qui peut de la famille et de l'ennui de ses dimanches, la blague du bourgeois, tout l'inconnu de volupté dh modèle de femme, le travail qui ne donne pas de mal, le droit de se déguiser toute l'année, .e sorte de carnaval éternel; voilà les images et les tentations qui se levaient pour lui de la carrière rigoureuse et sévère de l'art. Mais comme presque toutes les mères de ce temps-là, la mère d'Anatole avait pour son fils un idéal d'avenir l'Ecole polytechnique. Le soir, en tisonnant son feu, elle voyait son Anatole coiffé d'un tricorne, l'habit serré aux hanches, l'épée au côté, avec l'auréole de la Révolution de i 83o sur son costume; et elle se regardait d'avance passer dans les ni^Sj lui donnant le bras. Ce fut un grand coup quand Anatole lui parla- de se faire artiste il lui