24 MANETTE SALOMON toyens des Tuileries avec ces jupes et ces corsages où scintillaient des élytres d'insectes des Antilles. A ce métier de trouveuse d'idées et de dessins, elle gagnait de huit à dix mille francs par an. Elle mit Anatole au collège Henri IV. Au collége, Anatole dessina des bonshommes en marge de ses cahiers. Le professeur Villemereux qui s'y reconnut, en le mettant aux arrêtes pour cela, lui prédit la potence, une prédiction qui commença à mettre autour d'Anatole le respect contagieux dans les foules pour les grands criminels et les caractères extraordinaires. Puis, plus tard, en le voyant exécuter à la plume, trait pour trait, taille pour taille, des bois â& Tony Johannot du Paul et Virginie publié par Curmer, ses cama- rades prirent pour lui une espèce d'admiration. Penchés sur son épaule, ils suivaient sa main, re- tenant leur souffle, pleins de l'attention religieuse des enfants devant ce mystère de l'art le miracle du trompe-œil. Autour de lui on murmurait tout bas Oh! lui, il sera peintre! » Il sentait la classe le regarder avec des yeux moitié fiers et moitié en- vieux, comme si elle le voyait déjà destiné à une .carrière de génie. Son idée d'être peintre lui vint peu à peu de là de la menace de ses professeurs, de l'encourage- ment de ses camarades, de ce murmure du collége qui dicte un peu l'avenir à chacun. Sa vocation se dégagea d'une certaine facilité naturelle, de la pa-