22 MANETTE SALOMON de la chair, et né, semblait-il, pour retrouver le Corrége dans une Orientale d'Hugo Diaz avait apporté, à l'art de i83o à 1840, sa franche et éblouissante originalité. Mais sa peinture était une peinture indifférente. Elle ne cherchait et ne donnait rien que la sensation de la lumière d'une femme ou d'une fleur. Elle ne parlait à la passion de per- sonne. Toute âme lui manquait pour toucher et retenir à elle autre chose que les yeux. Dans cette situation de l'art, rejetée, rattachée à la grande peinture par cette lassitude ou ce mépris des autres genres, la génération qui se levait, l'ar- mée des jeunes gens nourris dans la pratique de la peinture historique ou religieuse, allait -fatalement aux deux personnalités supérieures et dominantes, aux deux tempéraments extrêmes et absolus qui commandaient dans l'École d'alors aux passions et aux esprits. Ceux-ci demandaient l'inspiration au grand lutteur du Romantisme, à son dernier héros, au maître passionnant et aventureux, marchant dans le feu des contestations et des colères, au peintre de flamme qui exposait en 1 83g, CI -*0 Hamlet et les Fossoyeurs en 1840, la Justice de Trajan; en 1841, l'Ezztrée des Croisés à Cons- tantinople, un Naufrage, une Noce juive. Mais ce n'était qu'une minorité, cette petite troupe de révolutionnaires qui s'attachaient et se vouaient à Delacroix, attirés par la révélation d'un Beau qu'on pourrait appeler le Beau expressif. La grande ma-