MANETTE SALOMON .21 déterminent la vocation d'avenir d'une génération, font lever le lendemain de l'art des talents d'une jeunesse. Au-dessous de la grande peinture, parmi les genres créés ou renouvelés par le mouvement ro- mantique, le paysage se débattait, encore à demi méconnu, presque suspect, contre les sévérités du jury et les préjugés du public. Malgré les noms de Dupré, de Cabat, de Huet, de Rousseau qui ne pouvait forcer les portes du Salon, le paysage n'a- vait point alors l'autorité, la considération, la place dans l'art qu'il devait finir par conquérir ;à coups de chefs-d'œuvre. Et ce genre, réputé inférieur et bas, contre lequel s'élevaient les idées du passé, les .défiances du présent, n'avait guère de tentation pour le jeune talent indécis dans sa voie et cher- chant sa carrière. L'orientalisme, né avec Decamps et Marilhat, paraissait épuisé avec eux. Ce qu'avait ,essayé. de remuer Gér'cault dans la peinture fran- çaise semblait mort./On ne voyait nulle tentative, nul effort, nulle audace qui tentât la vérité, s'at- taquât à la vie moderne, révélât aux jeunes am- bitions en marche ce grand côté dédaigné de l'art la contemporanéitéJ Couture ne faisait qu'exposer son premier tableau, V Enfant prodigue. Et depuis quelques années, il n'y avait guère eu qu'un colo- riste sorti des talents nouveaux un petit peintre de génie naturel,. de tempérament et de caprice, jouant avec les féeries du soleil, doué du sentiment