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20 MANETTE SALOMON

lumineuses créées par les poèmes. Il modelait les

anges de l'imagination humaine. Les larmes des

chefs-d'oeuvre, le souffle de Gœthe, la prière de

saint Augustin, le Cantique des souffrances mo-

rales, le chant de la Passion de la chapelle Sixtine,

il tentait de mettre cela dans sa toile, avec la maté-

rialité du dessin et des couleurs. Le sentimenta-

lisnze, c'était par que le larmoyeur des ten-

dresses de la femme essayait de rajeunir, de

renouveler et de passionner le spiritualisme de

l'art.

La désastreuse influence de la littérature sur la

peinture se retrouvait à l'autre bout du monde ar-

tiste, dans un autre homme, un peintre de prose,

Paul Delaroche, l'habile arrangeur théâtral, le

très-adroit metteur en scène des cinquièmes actes

de chronique, l'élève de Walter Scott et de Casimir

Delavigne, figeant le passé dans le trompe-l'oeil

d'une couleur locale à laquelle manquait la vie, le

mouvement, la résurrection de l'émotion.

De tels hommes, malgré la mode du moment et

la gloires viagère du succès, n'étaient, au fond, que

des personnalités stériles. Ils pouvaient monter un

atelier, faire des élèves; mais la nature de leur tem-

pérament, le principe d'infécondité de leurs œuvres,

les condamnaient à ne pas créer d'école. Leur ac-

tion, restreinte fatalement à un petit cercle de dis-

ciples, ne. devait jamais s'élever à cette large in-

fluence des maîtres qui décident les courants,
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