MANETTE SALOMON 19 qui devaient faire de la Galerie de nos gloires l'é- cole et le Panthéon de la pacotille. En dehors de ces causes extérieures, les faillites d'avenir, les désertions, les séductions par les com- mandes et l'argent du budget, en dehors même de l'action, appuyée par la grande critique, des œu- vres et des hommes en lutte avec le Romantisme, il y avait pour l'affaiblissement de la nouvelle école des causes intérieures, spéciales, et tenant aux ha- bitudes, à la vie, aux fréquentations des artistes de 1830. Il était arrivé peu à peu que le Roman- tisme, cette révolution de la peinture, bornée presque à ses débuts à un affranchissement de pa- lette, s'était laissé entraîner, enfiévrer par une intime mêlée avec les lettres, par la société avec le livre ou le faiseur de livres, par une espèce de saturation littéraire, un abreuvement trop large à la poésie, l'enivrement d'une atmosphère de lyrisme. De là, de ce frottement aux idées, aux esthé- tiques, il était sorti des peintres de cerveau, des peintres poëtes. Quelques-uns ne concevaient un tableau que dans le cadre d'un vague symbolisme dantesque. D'autres, d'instinct germain, séduits par les liecls d'outre-Rhin, se perdaient dans des brumes de rêverie, noyaient le soleil des mytholo- gies dans la mélancolie du fantastique, cherchaient les Muses au Walpurgis. Un homme d'un talent distingué, Ary Scheffer, marchait en tête de ce petit groupe. Il peignait des âmes, les, âmes blanches et