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MANETTE SALOMON 5

qu'il couvrait, une nuée lourde, d'un violet sombre,
une nuée de Septentrion, dans laquelle la respira-
tion de fournaise de la. grande ville et la vaste ba-
taille de la vie de millions d'hommes semblaient
mettre comme des poussières de combat et des fu-
mées d'incendie. Ce nuage s'élevait et finissait en
déchirures aiguës sur une clarté s'éteignait, dans
du rose, un peu de vert pâle. Puis revenait un ciel
dépoli et couleur d'étain, balayé de lambeaux
d'autres nuages gris.

En regardant vers la droite, on voyait un Génie

d'or sur une colonne, entre la tête d'un arbre vert
se colorant dans ce ciel d'hiver d'une chaleur olive,
et les plus hautes branches du cèdre, planes, éta-
lées, gazonnées, sur lesquels les oiseaux marchaient
en sautillant comme sur une pelouse. Au delà de la
cime des sapins, un peu balancés, sous lesquels
s'apercevait nue, dépouillée, r ougie, presque car-
minée, la grande allée du jardin, plus haut que les
immenses toits de tuile verdâtres de la Pitié et que
ses lucarnes à chaperon de crépi blanc, l'oeil em-
brassait tout l'espace entre le dôme de la Salpêtrière
et la masse de l'Observatoire d'abord, un grand
plan d'ombre ressemblant à un lavis d'encre de
Chine sur un dessous de sanguine, une zone de tons
ardents et bitumineux, brûlés de ces roussissures
de gelée et de ces chaleurs d'hiver qu'on retrouve
sur la palette d'aquarelle des Anglais; puis, dans
la finesse infinie d'une teinte dégradée, il se levait
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