4 MANETTE SALOMON eux, c'étaient d'abord des toits pressés, aux tuiles brunes, faisant des masses d'un ton de tan et de marc de raisin, d'où se détachait le rose des poteries des cheminées. Ces larges teintes étalées, d'un ton brûlé, s'assombrissaient et s'enfonçaient dans du noir-roux en allant vers le quai. Sur le quai, les carrés de maisons blanches, avec les petites raies noires de leurs milliers de fenêtres, formaient et développaient comme un front de caserne d'une blancheur effacée et jaunâtre, sur laquelle reculait, de loin en loin, dans le rouillé de la pierre, une construction plus vieille. Au delà de cette ligne nette et claire, on ne voyait plus qu'une espèce de chaos perdu dans une nuit d'ardoise, un fouillis de toits, des milliers de toits d'où'des tuyaux noirs se dressaient avec une finesse d'aiguille, une mêlée de faites et de têtes de maisons enveloppées par l'ob- scurité grise de l'éloignement, brouillées dans le fond du jour baissant; un fourmillement de de- meures, un gâchis de lignes et d'architectures, un amas de pierres pareil à l'ébauche et à l'encombre- ment d'une carrière, sur lequel dominaient et pla- naient le chevet et le dôme d'une église, dont la nuageuse solidité ressemblait à une vapeur conden- sée. Plus loin, à la dernière ligne de l'horizon, une colline, où l'œil devinait une sorte d'enfouissement dé maisons, figurait vaguement les étages d'une falaise dans un brouillard de mer. Là-dessus pesait un grand nuage, amassé sur tout le bout de Paris