SAINT PATRICE *4- Decemb. I7- Mitas. 14. DiCf.MÎ. donc la modefKe ne pouvoit fouffrir qu'on lui donnât la moindre louange ni lezele, qu'on s'emploïâc à d'autres choies qu'au fer vice du Seigneur lui défendit de penfer à cet ouvrage Se le menaça qu'il mour- roit le premier de tous les Evêques d'Hi- bernie s'il travailloit à celle piece. Il eft bien difficile de retenir les efprits qu'un cnthoufiafme poétique a mis en mouve- ment. Saint Soeachnall ne fut point arrêté par la crainte de la mort il fit un poème, dont les différentes reprifes commençoienc par la fuite des lettres de l'alphabet ce qui 'étoit pas mal imaginé dans un païs où l'on ne faifoit que commencer à connoître- les lettres. Mais la mort de Soeachnall ar- rivée felon la menace prophetique de l'on- cle > juftifia encore mieux la grande fainteté de Patrice que les vers du neveu ne la pouvoient relever. Outre les Saints dont on vient de parler, neveux du côté des fœurs Patrice en eut en- core une autre, fils de ton frère Sennan qui fut nommé Patrice comme lui 8c fut Con fuccefTîur. Celui-ci imita fi fidèlement les vertus de Con oncle qu'on a foitvent confon- du les actions des deux dans l'hiftoire s Se de- puis fa mort il éclata par tant de miracles dans l'Eglife de Glaftembury où repaie ton corps à ce qu'on dit qu'on a cru qu'il n'y avoit que le Grand Patrice capable d'operer tant de merveilles & que c'étoit lui qui y étoit inhumé. On appelloit néanmoins le plus jeune pour le diflinguer de l'ancien Scn-Patrice par oui l'on marquoit apparem- ment qu'il étoit fils de Sennan. Les Eglifes de Saint Brieuc Se de Dol ont toûjours cclebré la fête de faint Patrice le 17. de Mars avec office de trois leçons. S A I N T GV I G N E R Martyr autrement St. Fingar. V. SIECLE. LE S Bretons ont droit de s'approprier faint Fingar, autrement nommé faint Guigner Martyr quoiqu'il fût Scot de naiflance fils d'un des principaux Rois d'Hibernie nommé Clyton. L'hiftoire de fa vie Si de fon martyre fe trouve dans les œuvres de faint Anfelrne mais ce grand Archevêque ne pem être auteur de tous les contes ridicules qui s'y trouvent, & de beau- coup de faits qui ne peuvent s'ajufter avec la veritable hiftoire. Tel eft par exemple, ce que l'on y dit qu'il y avoit en Cor- noiiaille un Tyran nommé Theodoric, en- nemi furieux de ta Religion chrétienne 2 qui tua faint Fingar &C. tous ceux de fa com- pagnie, en haine de leur foi. Car il efl: cer- tain que la Ccrnou' aille infulaire on ils fu- rent tuez étoit toute chrétienne long-tems avant eux & que la Cornoüaille Armo- ricaine n'a eu de Seigneur du nom de Theo- doric, que plus de fix-vingt ans depuis ce martyre outre que l'auteur avoit dit que faine Guigner avoit été très-favorablemenc reçu dans la petite Bretagne & que le Duc Seigneur ou Juge du païs ( car il lui donne toutes ces qualitez ) lui avoir donné des terrespour fes compagnons Si pour lui, qu'ils avoient cultivées & où ils avaient demeuré paifiblement pendant quelques an- nées, quoiqu'il les reconnut Chrétiens 5 ce qui fuppofe que ce Seigneur doit lui- même Chrétien ce qui ne s'accorde nulle- ment avec la qualité de tyran ennemi du Chriftianifm-, que l'on donne à Theodoric. Non-obfhnt ces endroits faux& ces con- tradictions on eftime qu'il n'y a pas lieu de douter que le fond de ces a£tesne feit vrai. Amii l'on croit que Fingar, autrement Gui- gner, dont on a tort de faire deux perfon- nes différentes contre la foi des actes qui donnent ces deux noms a la même per- fonne ctoit fils de quelqu'un des Rois d'Hibernie à qui faint Patrice alla prêcher la foi que l'honneur que le jeune Prince fit à ce faint millionnaire mépiifé de tous les autres Rois &c Seigneurs de Fille dans une aflèmblée générale porta fon pere à le chalTer de fes Etats comme ennemi de fa perfonne & de fcs Dieux; que Guigner fe réfugia avec une troupe d'amis Chré- tiens commelui dans l'Armorique qui ne s'appelloit pas encore Petite Bretagne quoi- que l'auteur des a£tes l'ait nommceBretagne, félon l'ufagc de fon tems que le Juge Duc s ou Seigneur du païs foit qu'il fût Romain > foitqu'il fût Armoricain, lui fit un favora- ble accueil & lui donna des terres pour fes compagnons Se pour lui qu'il y vécut dans les exercices de la vie Religieufe pendant' quelques années en imitant autant qu'il lui étoit pofitble, la forme de vie de S. Patri- ce fon maître qu'il retourna enfuite dans ton païs où il refufa la couronne que la mort venoit d'enlever à fon père Se que tes fujets convertis pendant ion abfencc pat faint Patrice lui préfentoient avec un em- prefTement qui marquoit bien que ceux qui fuivent la vraie foi ne manquent jamais de fidélité à leurs Souverains légitimes que l'amour de la retraite &c de la vie contem-» plative porta Guigner à quitter une feconde fois fon païs en compagnie de plus de 700. perfonnes dont il y en avoit fepe d'Evc- ques &: de fa fecur Piale aufli humble