SAINT PATRICE. J7- Mars, r7- M AR.4. tiré reconnut enfin que Patrice avoir la miflîon de Dieu Se ne diffcra plus à lui accorder celle qu'il lui demandoit. 11 l'or- donna donc Evêque ou comme difent quelques-uns qui fuppofent que Patrice avoit déja reçu le cara&ere Epilcopal d'un certain Amathée qu'on ne connoît point > il l'établit Archevêque de toute l'Hibernie, lui changea fon nom en celui de Patrice, &: l'envoïa dans l'ifle» chargé de vœux Si de bénédictions. Saint Patrice étoit alors âgé de Soixante ans car quelques difîerens que foient les auteurs à régler le tems de les captivitez & de fes pelcrinages ils conviennent pref- que tous en ces deux points qu'il avoir foixanre ans lorfqu'il alla dans l'Hibcrnie & qu'il y alla en 43 i. Se paffa par fon pais. Nous ne rapporterons point en détail tout ce qu'il fit en Hibernie. Il nous doit fuiïïre de marquer en gênerai qu'après avoir fur- monté les obftacles que les hommes & les demons mirent à fon dcfTein vaincu l'in- docilité opiniâtre Se l'humeur brutale des Scots par fa patience fa douceur & fes prédications adouci leur ferocité par fes bienfaits, confondu leurs magiciens & leurs Bardes par fes miracles Se par fa do- ctrine porté dans routes les provinces dans toutes les villes, Se prefque dans tous les villages, les lumières de l'Evangile, fon- dé plus de trois cens Eglifes confacré un grand nombre d'Evcques ordonné plus de trois mille Prêtres dont il y en a un grand nombre qui font reconnus Saints, bâti plu- fieurs monafteres d'hommes Se de filles, & formé de faillies communautez enfei- gné avec une patience incroïable les lettres, à commencer par l'alphabet à ces peuples iauvages qui jufqu'alors les avoient igno- rées > converti toute la nation avec un fi r heureux fuccez qu'on peut dire qu'il l'a faiicliha prefque toute paffé foixante ans entiers, ou dans les emplois laborieux de fon apoftolat ou dans les exercices reli- gieux de la pénitence & de la vie contem- plative des folitaires tenu plufieurs Con- ciles fiic un ou deux voïages à Rome pour obtenir la confirmation de tout ce qu'il avoit réglé étendu fon zele Se fcs foins jufqu'aux Eglifes Bretonnes 5 qu'il pur- gea des herefies Amcnne Se Pelagienne qui y avoient pouffé quelques malheureux rc- jettons il rendit enfin fon aine a Dieu dans un de fes monafteres nommé Sabal, i l'an 49a. le 1 ioc. de fon âge felon la plus commune opinion, ou felon d'autres l'an 460. âgé d'environ 90. ans Se fut inhu- mé dans l'Eglife de Doun. .Voilà l'abrégé' de l'admirable vie d'un des plus grands faints qu'ait jamais produit la Bretagne qui s'eft. juftement acquis la qualité glorieufe d'apôtre des Scots & de l'Hibernie, quoiqu'il n'y ait pas prêché la foi le premier Se qui mérite fur tous les hommes apoftoliques qui ont été depuis les grands Apôtres le titre éminent de maî- tre & de pere des Saints. Car ileft vrai que l'Hibernie devint. par fes travaux Se par fon institution j la province du monde chrétien la plus féconde en faints Se une pepiniere abondante d'excellens prélats & de Reli- gieux très-parfaits qui après avoir fanclifîé tous les déferts Se toutes les folitudes de l'ifle répandirent enfuite dans toute l'Eu- rope chrétienne la bonne odeur de leur pie- té & donnèrent l'origine à pluficurs des plus fameux monafteres de lachrétienneté a en Allemagne en Italie en France en Suifle, &c. Toute la famille de faint Patrice partici- pa très abondamment à cette plénitude de grace qui fe répandit par tout par fon mi- niftere ptiifqli'il n'y a prefque point de fes parens qui ne foit reconnu pour Saint. Son frère Sannan ouSennan, se fesfœurs, Lu- pite qui avoit été captive avec lui Agridc ou Tigridie Liamaine Darerque Se Ci- neneume font du nombre & la grande quantité de neveux & de niéces que leur chafte fécondité prodliifit, peupla les Egli- fes où les monafteres d'Hibernie d'autant, de faints Evêqucs Prêtres, Religieux Se Religieufes qu'il y avoit de têtes car Dieu les donna tous à Patrice. Ils l'avoient tous fuivi du pais de leur naifiance dans l'Hi- bernie j les uns pour travailler iimplement à leur propre fan£tification fous fa conduites les autres pour l'aider dans fa fainte entre- prife, Se le foulager d'une partie de fes peines, Patrice leur fervit à tous de psrefpi- rituel s & comme ils furent tous fidèles imitateurs des vertus Se du zèle de leur on- cle j il élcva fes neveux pour la plupart, à la dignité Epifcopale dont ils étoienr. très-dignes car il n'avoit égard dans ces promotions qu'au feul mérite des perfon- nes, 3 Se ne pouvoit guéres avoir d'autres vues dans un tems Se dans un pais ou la qualité d'Evcqus dénuée de tout inte- reft temporel n'apportoic point d'autre avantage à ceux qui en étoient honorez que l'occafion de fouffnr de la part des ido- lâtres & l'obligation de travailler plus que tous les autres dans la vigne du Seigneur. Les hiftoriens de la vie de faint Patrice rapportent que Soeachnall un de ces faints Evéques fes neveux aïant déclaré qu'il avoit deffein de compofer quelque pièce de poé'fie à la gloire de fon oncle j Patrice,