SAINT PAT RI CE. 17. Mars. /r!'
17.
Mars.
le gouvernement du monaftere, fit induire
Patrice & lui donna l'habit memaftique.
Patrice pouvoit être âgé de trente ans,
lorfque par le confeil de faint Martin il re-
tourna dans fon païs. Ses parens qui vi-
voient encore le reçurent avec toute la
tendreiîe & toute l'amitié que meritoit un
fi bon fils. Ils voulurent le retenir auprès
d'eux & le prierent de ne les plus aban-
donner, pour le peu de tems qui leur re-
floit à vivre. Mais Patrice ne prenant con-
feil ni de la chair ni du fang & connoif-
fant par plufieurs vifions Se révélations >
que Dieu l'appelbit dans l'Hibernie à la
converfion des Scots 5 voulut pour fe ren-
dre capable d'une vocation fi fublime aban-
donner Ces parens & fon pais.
Les guerres alors plus allumées que ja-
mais entre les Bretons & les Scots lui
avoient ôté le moïen d'aller dans l'Hibcr-
ilie quandilenavoit eu la penfée;& com-
me il ne fe fentoit pas aiTez encore inftruit,
pour remplir dignement tous les devoirs
d'un fi divin emploi il prit la retolution
d'aller à Rome, Se de vifiter les monafteres
d'Italie Se des iflus de la Meditaranée pour
apprendre la feience Ecclefiaflique & s'a-
vancer par les inftruclions Se les exemples
des faints folitaires dans la pratique des
plus excellentes vertus. Ilforucdoncdefori
païs & paiTa dans les Gaules Se ayant vi-
fité fon monaftere de Marmontier Se le
tombeau de ion incomparable maître faint
Martin il prit la route de Rome qu'il
regardoit comme le centre de la pieté Se
de la docirine de la foi. Patrice y étudia 3
avec une application extrêms la fcience des
my frères de la Religion & de la difeipline
de l'Eglife Se il fit un progrès admira-
ble. Comme il n'étudioit que pour devenir
meilleur Se plus propre à l'exécution de ce
que Dieu vouloit faire par lui il crut qu'il
profiteroit beaucoup s'il vificoit les retrai-
tes des faints folitaires d'Italie Se des iiks
de la côte. Animé du même elpric 1 qui “
felon faine Jérôme porta. Fabiole à vititer
toutes les illes Se toutes les folitudes voifines
de la mer, peuplées de faints Moines j > il les
parcourut toutes pour familier de tous cô-
tez, comme une abeille foigneufej la roféc
celefte dont i! devoir former le miel qui cou-
la depuis de fes lèvres &c la cire qui fer vit
d'aliment dans l'Hibernie à la lumiere Evan-
gelique qu'il y alluma par fes prédications.
Durant le cours de fes voïages qui du-
rèrent fept à huit ans faint Germain iuccc-
da dans le fiége d'Auxerre à faint Amateur,
l'an 407. Si s'acquît bientôt une fi grande
réputation de faintecé par fa vocation
meirveilleufe le changement fubit Se ad-
~r!Yt<)~
JicUonnJis,
mirable de fa vie les aumônes Ces aufte-
ritez incroïables fes miracles frequens >
fon zele apoftolique 6c fes autres vertus
qu'il n'y eut point d'cndroits dans l'Eglife
d'Occident où fon nom ns devint célèbre
& où l'on ne parlât de lui comme d'un
prélat admirable qui égaloit prefque le
mérite de l'incomparable Martin. Patiice? >
averti dit-on par ton Ange d'aller trou-
ver cet excellent maître, qui de fon côté
étoi: averti du Ciel de recevoir favorable-
ment ce faint diiciple vint au païs d'Au-
xerrevcrs l'an 410. fe mit tous l.i conduite
de ce faint Evcque & continua par fon
fecours à fe fortifier dans la feience de l'E-
criture Sainte Se dans 1* pratique de la
folide venu, pendant dix-huit ans entiers
qu'il demeura avec lui.
Il n'y a nulle preuve que Patrice ait ac-
compagné faint Germain dans fon voLige
de 1'ifle- de Bretagne de l'an 419. & il eil
bien plus probable qu'il fut pendant ce
tems-là j voir les faints iolkaires de l'iilede
Lerins, ou de quelqu'autres monafteres près
delà ville d'Arles y Se même qu'il y étoit
allé quelque tems avant que les Evêques de
France & le Pape faint Geleftin euffent en-
voie Germain au fecours des Eglitcs Bre-
tonnes contre Ls Pelariens.
Patrice croïant après cela qu'il étoit
îems de remplir les devoirs de fa vocation,
Se d'aller en Hibernie Se preflé p.ir des vi-
iions qui lui reprefentoient des Scots qui le
prioient inframment de [e hâter de les fe-
çourir prit conlcil de laint Germain qui
étoit revenu depuis peu de l'iîle de Breta-
gne. Germain approuva le dcileinde Patri-
ce, te pour lui aider à le mettre en exécu-
tion, illui donna un flint Prêtre nommé
Sagedius pour l'accompagnera Rome, Se
des lettres de recommandation au Pape Ce-
leftin de qui il devoit recevoir fa million.
II éwit préienté de trop bonne part; 5 & les
témoignages qu'on rendoit de fon zèle de
ù capacité de fa prudence & de fes autres
vertus étaient trop autentiques pour qu'il
ne fàL pas bien reçu du Pape. Cependant
on die que CekHin refufa d'abord de l'en-
voïer dans iTîibernic parce qu'il n'y avoit
paslong-tcrus que Palladius y étoit allé par
fes ordres Se qu'il craignoit peutêtre qu'un
nouveau Millionnaire necaufât quelque fa-
cheufe diviiion dans cette Eglile natil'ante 8
qui fcandalifàt les fidèles encore foibles Se
retardât le progrès de la foi. Mais le Pape
ayant appris que Palladius rebuté de la k-
rocité barbare Se de l'incrédulité opiniâtre
des Scots Se dj peu de fruit qu'il faifoit
parmi eux avoit quitte leur païs Se éto'it
more dans l'ifle de Bretagne ou il s'étoit re-