SAINT BRIEUC.
t.
MAY.
I.
M A Y-
me a-t-on ajoûté au texte original cette dé- (
termination particulière du fiege de Paris.
AufR l'abrégé de la colleûfron manuferice j i
dont nous avons parlé dit il fimplement
&e indéterminé ment,, que faint Brieuc fitt
inftruit par faint Germain fans fpseifier
lequel &c qu'il eut le bonheur de trouver j
dans la même école faim Patrice & faint
Hiltut ce qui ne peut être vrai que de
faint Germain d'Auxerre.
Brieuc fous cet excellent maître, Se
avec des condifciples fi parfaits s'avança
beaucoup en peirde tems dans la [cience
de l'écriture fainte & dans les voies de la
vertu. Entr'autres excellentes qualitez il
,avoit un cceur tendre & mifericordieux
pour les pauvres qu'il ne pouvoir renvoïer
fans leur faire l'aumône Se leur donner
fou vent jufqu'à fes propres habits Si ce qu'il
trouvoit fous fa main. On rapporte à ce
propos l'hiftoire d'un vafe que le Saint
donna à quelques mandians qui s'adreiîe-
l'cnî. à lui comme il alloit puifer de l'eanj
Se l'on ajoute qu'à la place de ce vafe il en
fut fubftitué miraculeufement un autre beau-
coup plus riche Se mieux travaillé 3 ce qui
fit connoître plus particulièrement à faint
Germain combien fon difciple étoit favori-
fé de Dieu.
Ce miracle Se quelques autres firent
prendre à ce faint Prélat la refolution d'é-
lever Brieuc à la dignité du facerdoce. Un
jonr donc que faint Germain devoit or-
donner deux Prêtres il demanda à Brieuc,
s'il étoit en difpofition de recevoir les or-
dres facrez avec eux. Brieuc perfuadé qu'o-
béît à faint Germain étoit obéïr à Dieu
même Se qu'il ne pouvoit manquer en
s'abandonnant à la conduite d'un maître fi
partait lui répondit avec une /implicite
d'enfant qu'il pouvoit faire de lui tout ce
qu'il voudroit. Germain reconnut que cette
réponfe venoit d'une humilité auffi parfaite
que celle qui auroit rcfufé i'honncur de la
Prêtrifii se ordonna Brieuc avec les deux
autres.
L'atrteurdela légende n'avoit garde d'o-
mettre en cette occafion quelque apparition
myftcrieufe. Il dit en effet qu'une colom-
nc de feu parut fur la tête de Brieuc ïoi-f-
que le faint Prelat lui itnpofa les mains, &
que ce feu qui s'élevait jufqu'au lambris de
l'Eglife continua durant toute la cérémo-
nie. La fèrveur redoublée qui parut dans
toute la conduite du nouveau Prêtre fut
un ligne bien plus certain des graces du St.
Efprit qu'il reçût dans une fi grande ple.
nitude, que Dieu lui donna quelque tems
après million pour aller communiquer à fa
famille 8c à fon pais les lumières 8c Ls ar-
deurs dont il avoit été pénètre.
Ce fut dans un fonge que l'Ange du Sei-
gneur lui commanda, de ta part, de retour-
ner au plutôt en fon païs pour retirer fon
pere fa mere fes parens tes compatrio-
tes, des erreurs de la gentilité ce qu'on
peut entendre comme nous l'avons dit
ou d'un paganifme entier ou feulement
de plufieurs pratiques fuperftitieufes qu'on
meloit encore dans fa famille & dans fon
païs avec un Chriftianifme fort groffier.
Brieuc alla trouver faint Germain Se lui
raconta avec beaucoup d'ingénuité le fonge
qu'il avoit eu la nuit comme il avoit coû-
tume de lui découvrir fidélement tout ce
qui lui arrivoit pour fe gouverner en tout
par fes avis. Germain reconnut auffi-tôt que
c'étoit une revelation véritable &: embraf-
fant le faint avec beaucoup de tendre/Te
allez lui dit-il mon fils allez où Dieu «
vous invite & répondez par vôtre zele «
Se vôtre fidélité à l'honneur de vôtre vo- «
cation. « II lui fit auffi-tôt fournir tout ce
qui étoit neceiTaire pour fon voïage lui
donna un compagnon & fa bénédiction
à tous les deux.
Sans nous arrêter à plufieurs miracles
qu'on dit que Brieuc fit pendant fon voïa-
ge, nous nous contenterons de dire qu'il
arriva heureufement en fon païs un pre-
mier jour de Janvier &: trouva que fon
pere 8c fa mère felon leur coûtume don-
noient un repas à tous leurs amis, qu'ils re-
galoient ordinairement pendant trois jours.
C'étoit une fête toute païenne dans laquel-»
le s'il Faut en croire la legende après des
facrifiecs impies faits à garnis 3 on le prioit 3
comme chef de la famille de tous les Dieux,
d'être propice à la famille des hommes qui
l'invoquoïcnt. Enfuiteles hommes déguifez
en fauffes divinitez en vieilles en bêtes,
& de plufieurs autres manières différentes, 3
couraient les champs, crioient > chantoient
danfoient & piffoient une grande partie du
jour & de la nuit à manger & à boire avec
de grands excès ce que les Canons con-
dainnoient encore en France au fecond Con-
cile de Tours l'an 566. & en celui d'Au-
xerre vers l'an 586". & dont on trouve en-
core long-tems depuis des veftiges en plu-
fieurs lieux.
La belle humeur des conviez redoubla, >
lorfqu'on eut reconnu Brieuc. Son pere Se
fa mere fur tout étoient comme hors
d'eux mêmes par les tranfports de leur
joie. Maisils furent tous bien furpris lorf-
que le Saint, invité à prendre part à la fête,
&e s'affeoir à table avec eux leur répondit
avec beaucoup de force mais en même
tems avec douceur Se modeftie> c' qu'il ne «
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, FOL-LN20-35(A)