SAINTE URSULE.
toutes les legendes fabuleufes j il en eft peu
d'auflî ridicules & d'auffi peu foûtenablcs
que celle de fainte Urfule 6c de fes onze
mille compagnes. On y a outré le ridicule
l'erreur & l'impertinence il y a plus de 7.
à 800. ans; &Geoffroy de Monmouth ne
trouvant pas encore les anciennes legendes
affez fabuleufes à fon gré a coufu à l'hi-
floire de fainte Urfule de nouvelles faufTecez
de fon goût auffi mal inventées que les pre-
mières. On verra dans la fuite quel motif
nous a porté à compter fainte Urfule & fes
compagnes au nombre des Saints dont
l'hiftoire fait la matière de cet ouvrage.
On nous dit donc que dans l'Ifle de
Bretagne il y avoit un Roy appellé ielon
les uns Nothus ou Nochus ou Miurus
ou felon les autres Deonotus ou enfin fc-
lon quelques autres Dionotus-Maurus qui
eut une fille nommée Urfule excellente en
beauté auffi-bien qu'en fageffe, dont la ré-
putation voloit par tout. Le Roy d'An-
gleterre, dit-on, Prince très-puiflant Se
qui avoit fubjugué plufieurs nations infor-
mé du rare mérite de cette vierge eftima
que fon fils unique ferait heureux s'il pou-
voit être uni par le mariage avec une per-
fonne auffi parfaite. Il envoïades Ambafla-
deurs au pere de la fille, pour lalui deman-
der & ils eurent ordre d'emploïer les me-
naces fi les douceurs & les promefTes étoient
inutiles. Le Roy Breton fe trouva dans une
grande peine d'efprit, pour plufieurs confî-
derations, dont les principales étoient la
religion Païenne de l' Anglois quiadoroit
les idoles fa puiffance formidable Se fa
cruauté. Mais Urfule divinement infpirée
infinua à fon père de confentir au mariage
propofé à condition que les deux Rois lui
donneroient dix vierges des plus belles Se
mille autres vierges tant à elle, qu'à cha-
cune de fes dix compagnes après quoi on
leur donnerait des Galères Se trois ans de
terme tant pour dédier leur virginité, que
pour donner le tems au Prince de s'inftruire
de la religion Chrétienne & de fe faire
baptiser. Son deffein étoit de rebuter le jeu-
ne Prince mais il accepta la condition très-
volontiers, Se s'étant fait incontinent ba-
ptifei: il preffa lui-même l'exécution de ce
qu'Urfule avoit demandé. Le père d'Urfu-
le, qui L'aimoit infiniment, voulut qu'elle
fût accompagnée Se fervie d'un bon nom-
bre de gens de guerre. Les vierges fe raf-
femblent donc de tous côrez Se tout le
monde accourt à ce grand fpedlacle. Le def-
fein d'Urfule éroit d'aller à Rome & la
déclaration qu'elle en fit attira plufieurs
Evêqnes à fa fuite du nombre defquels fut
un précendu Pantulus Eyêque de Balle, qui
ai.
OcTOB.
mena les vierges jufqu'au tombeau des Saints
Apôtres Se au retour fut martyrifé avec
elles. De leur compagnie fut auflî fainte
Gerafine Reine de Sicile, qui avoit changé
fon cruel mari de loup en agneau. Elle étoit
fœur de l'Evêque Martyrifîus &: de Daria
mere de fainte Urfule. Gerafine avoir fait
avertir fecretement fon beau-frere pere de
fainte Urfule du deffein qu'elle avoit d'être
du voïage & partit en effet avec fes qua-
tre filles Babila Julienne Vi&orie &:
Aurée Se un fils fort jeune appellé Adrien
que l'amour de fes fœurs engagea a deve-
nir pelerin. Un autre fils de Gerafine fut
chargé du foin du Royaume pendant fon
abfence. Quand elle fur arrivée en Angle-
terre, tes confeils furent d'un grand fecours
à Urfule, pour le choix des vierges, & pour
hâter l'armement. En attendant le jour du
départ les gens de guerre donnoient aux
fpeétateurs qui étoient accourus en grand
nombre de toutes parts, le plaifir des exer-
cices militaires &; Urfule faifoit catechifer
Se baptifer les vierges qui n'étoient pas en-
core Chrétiennes. Enfin on s'embarqua on
mit à la voile, Se le même jour on aborda
à un port des Gaules appellé Cyelle d'oit
toute la flotte fit voile à Cologne. Là un
Ange du Seigneur apparut à Urfule Se lui
prédit qu'elle &e toutes fes compagnes re-
viendroient toutes en cette ville Se y rece-
vraient la couronne du martyre. Enfuite >
averties par ['Ange elles prirent le chemin
de Rome. Leur flotte les porta jufqu'à Bâle
où ayant laifTé leurs vaifleaux, ellesallércnt
à Rome à pied. Leur arrivée fit un fingulier
plaifir au Pape Cirice ou Cyriaque qui étoit
de l'Ifle de Bretagne Se qui avoit plufieurs
parentes dans la compagnie. Il les reçût
avec tout fon Clergé Se leur fit des hon-
neurs infinis. La nuit fuivanre il lui fut re-
velé qu'il fourFriroit le martyre avec elles.
Il en garda le fçcret dans fon cœur, & ba-
ptifa celles de ces vierges qui n'avoient pas
encore reçu le baptême. Mais enfin pre-
nant uns occafion favorable après aVoir
gouverné l'Eglife le 19e. Pape depuis St.
Pierre pendant un an Se onze fem aines
il déclara fon deflein dans une affemblée
générale j & abdiqua fa dignité devant tous.
I! n'y avoit perfonnetjui ne s'y opposât
& fur tout les Cardinaux effaïoient d'em-
pêcher qu'il n'exécutât fa refolution. IlsefK-
moientqu'ily avoit de l'extravagance à quit-
ter la gloire du Pontificat pour courir après
de petites femmes folles, On eut beau faire, >
on ne put perfuader le bon Pape qui fit
mettre à ia place un. faint homme appellé
Mcthos. Mais parce que Cirice avoit quitté
Icfiége Apoftolique malgré 1s Clergé, fort
nom
2.T.
OCTOE.
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, FOL-LN20-35(A)