LA POÉSIE NOUVELLE · libre, mais seulement un vers plus libre. Il ne prétend pas instaurer une métrique toute neuve il voudrait qu'on « avivât.» l'ancienne, et il s'élève contre un certain nom- bre de règles qui lui semblent aussi vaines qu'impérieuses, celles, entre autres, de l'hiatus et de la césure. Moréas pense, avec Banville, que la révolution prosodique entre- prise par Hugo n'a pas été par lui achevée comme elle le devait, et que de là provient, pour une bonne part, le malaise de notre poésie. Hugo a fait justice d'un grand nombre de lois surannées, qui n'étaient, pour le vers français, que de très fâcheuses entraves mais il en a laissé subsister quelques-unes, sans qu'on sache pourquoi, parce qu'il ne procédait pas dans son entreprise d'une manière aussi méthodique que hardie. Seulement Ban- ville n'ose pas prendre sur lui d'accomplir les innovations que Hugo n'a point faites, et il « préconise » seulement les réformes rythmiques que, dit Moréas, « nous avons le courage de réaliser, en ce moment,mes amis et moi ». r En 1886, date du Manifeste et de laLettre à Anatole France, Moréas n'avait encore écrit que les Syrtes et les Cantilènes (i).Ges deux ouvrages illustrent l'esthétique ci-dessus résumée et peuvent servir à caractériser la pre- mière manière du Symbolisme. Le lecteur d'aujourd'hui qui ouvre les Syrtes est, d'a- bord, très déconcerté, parce que tout le symbolisme qu'il y-cherche, il ne l'aperçoit pas. Il tombe, dès les premières pages, sur une série de très exquis petits poèmes intitu- (i) Les Syrtes, Pariç, 1884. Les Cantilènes, Paris, Vanier, ï886.