PLAIDEUR, BOHÈME ET CANDIDAT 101 les dernières amertumes de la vie, qu'elle partagea ses misères, soigna ses infirmités, qu'en lui donnant un fils, elle lui procura la seule pure joie qu'il ait goûtée ici-bas. Je sais, enfin, qu'à, son lit de mort, en face de l'éternité, Villiers de l'Isle-Adam n'a pas cru cette humble compagne indigne du grand sacrifice qu'il consomma en lui donnant son nom. Pour toutes ces raisons, la veuve de Villiers a droit à la déférence des admirateurs et des amis de son mari. » Chaque jour, vers six heures du soir, Villiers descen- dait dans Paris, gagnait les brasseries et cafés où il savait trouver l'auditoire nécessaire à sa verve, à ses trouvailles dramatiques, à son ironie. Quelque temps, il vécut intime- ment avec Pontavice, qui, habitant au coin des rues Rochechouart et de Maubeuge, était presque son voisin. Il passa des nuits dans son appartement, récitant des pages de l'Ève future, que sa mémoire surprenante lui retraçait fidèlement, s'exaltant, le geste hors du monde pour se précipiter enfin au piano et s'y délivrer des fré- missements de l'inspiration. Au début de l'automne, l'admirateur fidèle de Wagner fit son dernier voyage à Bayreuth. Et de la musique il passa, brusquement, à la politique! Rentré à Paris en octobre, il se laissa tenter par un appel du parti monarchique. Il fut candidat, dans le 17e arrondissement, pour le Conseil général de la Seine. Le Comité royaliste de Paris assumait les frais. Un soir, Robert du Pontavice entendit Villiers se dis- puter avec sa bonne, dans la chambre à coucher. Il le trouva se choisissant des cravates blanches dans l'armoire à glace. Ah! voilà mon affaire, disait-il, des cravates graves, très graves! Il en enveloppa trois dans un vieux journal, et serrant la main à Pontavice Chut 1. un mystère. Importance capitale. tu sau- ras tout bientôt. Il sortit sur un formidable éclat de rire.