introduction"!
nères, on pourrait peut-être le trouver dans l'extrême fréquence de
la métathèse consonnantique. La métathèse se rencontre dans toutes
les langues, et de préférence dans les moins cultivées elle n'a
manqué, ni au cymrique, ni surtout, semble-t-il, au cornique; mais
en breton elle foisonne. Dès les premières pages du lexique, on
trouvera des formes telles que alan pour *ana(z)l, ansaô pour
*asanv, beulké pour *beuglê, etc., qui témoignent en faveur d'une
sorte d'instabilité consonnantique et de fréquentes « fautes de lan-
gage » dans un parler populaire dialectalement morcelé sans qu'au-
cune littérature centrale intervint pour le fixer et les nombreux
doublets du type gwesklé etgloeslcer « grenouille », gwéstl et gloestr
« gage », etc., paraissent bien relever du même principe. On les
retrouvera en leur lieu.
Accessoirement, on notera en breton une forte tendance à l'intro-
duction de nasales parasites, surtout dans les mots récents et em-
pruntés, tels que ampart, bentonik, dins, puns, bounta, tonka, et
tant d'autres. Dans bien des cas, comme dans ce dernier, il a pu y
avoir confusion de deux quasi-homonymes. Mais la généralité de la
tendance doit s'expliquer par une cause plus générale, à savoir la
chute phonétique de la nasale dans les mots où elle était étymolo-
gique l'existence de doublets dialectaux du type de krénv et
kréffa fort », klano et klqff"n malade », etc., a dû entrainer, par voie
de conséquence presque nécessaire, l'insertion fautive de la nasale
préconsonnantiquo dans bien des mots qui ne la comportaient pas et
qui, n'étant pas indigènes, se défendaient mal contre cette alté-
ration. v
A part ces traits, le breton ne se distingue du comique et du cym-
rique que par une particularité tout extrinsèque l'énorme appoint
de mots français qu'il a accueillis et naturalisés, avant peut-être
et surtout depuis le double mariage d'Anne de Bretagne. Le comble
en ce genre est atteint, de nos jours, par ce qu'on pourrait nommer
« le breton politicien », langue de journalisme et de profession de foi
où, sauf les copules, les désinences grammaticales et de loin en loin
quelques mots de la langue usuelle, pas un élément ne relève plus
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-14097 (3)