INTRODUCTION
sans aucune littérature, et se réduisant à une liste de cinq cents
mots relevés çâ et là dans des gloses de manuscrits latins; moyen-
breton, dont la littérature religieuse part seulement du XIV* siècle;
et breton moderne, demeuré la langue rurale d'un département
français et de la moitié de deux autres. Géographiquement, le
breton se divise en quatre dialectes, qui correspondent aux quatre
anciennes provinces épiscopales irécorois (Tréguier), léonais (Saint-
Pol de Léon), cornouaillais (Quimper) et vannetais. Ceux qui parlent
l'un quelconque des trois premiers se comprennent entre eux; mais
le breton de Vannes en diffère très notablement.
V. On vient de voir que le cymrique, le cornique et le breton,
séparée depuis le Ve siècle, sont restés à peu près identiques, ou du
moins sans différence appréciable pour nous, jusque vers le Xe.
Depuis lors, ils ont divergé, mais moins qu'on ne serait tenté de le
supposer de prime abord les relations ont été assez suivies d'un bord
à l'autre de la Manche; la terre conquise par le Saxon exécré est
demeurée pour le Breton le pays des souvenirs patriotiques et reli-
gieux, d'où partent et où se rendent en pèlerinage la plupart des
saints qui catéchisent l'Armorique. Ce n'est guère qu'à partir de la
fin du moyen âge, que les deux nations, après leur divorce religieux,
se voient définitivement emportées, l'une dans l'orbite de la France,
l'autre dans celle de l'Angleterre. Il en résulte qu'aujourd'hui encore
les idiomes brittoniques se ressemblent beaucoup non pas, comme
on se l'est imaginé, qu'un Breton et un Gallois puissent d'emblée
converser ensemble sans préparation, tant s'en faut mais en ce
sens que, abstraction faite des lois phonétiques propres à chacune
des trois langues, il serait difficile de signaler dans l'une d'elles une
tendance générale ou un fait de structure linguistique qui ne fût
point partagé presque à un égal degré par les deux autres. Leur
évolution a été parallèle, et leurs divergences phonétiques mêmes
n'affectent guère que le vocalisme.
Cependant, s'il importait absolument d'assigner au breton un
caractère spécial qui l'isolât dans une certaine mesure de ses congé-
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-14097 (3)