INTRODUCTION
a) De tous les rameaux entre lesquels s'est divisé l'indo-européen
commun, il n'en est pas qui montrent à beaucoup près entre eux
autant d'affinité que l'italique et le celtique. Tout semble indiquer
que Celtes et Latins ont dû cohabiter encore, ou tout au moins
voisiner, à une époque relativement tardive, où toutes les autres
unités ethniques s'étaient déjà depuis longtemps séparées, en sorte
que, s'il est prématuré ou excessif de parler à la lettre d'une sous-
unité italo-celte, il doit être permis de se servir de cette expression
pour classer les formes qu'ont en commun les Italiotes et les Celtes
et qu'eux seuls possèdent, par exemple ce curieux r impersonnel
bien connu en latin (degit-ur « on lit n), qui survit jusque dans le
breton usuel de notre temps (kar-eur « on aime »).
b) Les Celtes de la Grande-Bretagne, seuls ancêtres de tous les
Celtes actuels, furent soumis par les Romains ou civilisés par la
culture latine. C'est en latin aussi qu'ils reçurent la prédication du
christianisme. Leurs langues se sont donc mélangées, à diverses
époques, de nombreux emprunts au latin, qu'il importe de recon-
naître, -on verra tout à l'heure à quels indices, d'isoler du fonds
celtique, et même, si faire se peut, de dater approximativement.
c) Le latin, enfin, a une postérité très vivace de langues médié-
vales et modernes (romanes), qui toutes, sauf le rhétique et le
roumain, se sont trouvées en contact fréquent avec les idiomes
celtiques nouvelle source d'emprunts, cette fois réciproques, mais
beaucoup plus rares dans un sens que dans l'autre. Donc, à partir
du VII0 siècle environ, où cessent les emprunts au latin, commence
la période des emprunts au roman, qui se prolonge jusqu'à nos jours.
Il va sans dire, au surplus, que l'observation ci-dessus ne s'applique
à aucun couple celto-roman autant qu'au breton et au français, con-
tigus durant tout le moyen âge et politiquement unis depuis plus
de quatre siècles.
6. Le rameau celtique se subdivise en celtique continental (gau-
lois) et celtique insulaire, et celui-ci, à son tour, en gâdélique (ou
gaélique) et brittonique. On le réservera ici pour un plus ample
développement.
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-14097 (3)