DE DÉMONSTRATIONS POLITIQUES. 13 Vayer). Si l'on examine la question plus à fond, on verra que la nature a pu en jeter le germe, mais qu'il s'est accru par des causes nouvelles et peu durables. Autrefois on par- lait non de l'antipathie des Français et des Espagnols, mais de celle des Anglais et des Français. Maintenant, sinon dans la plèbe, on n'en trouve plus de trace, depuis que la pré- pondérance de l'Espagne a tourné leur haine en amitié contre l'ennemi commun. Qui eût pu croire que l'animosité cesserait jamais entre les Espagnols et les Hollandais? Un poëte en avait fait ces deux vers Et quod postera secnla obslupescal, tlispanus simal et simul Batavns. Elles ont pourtant cessé, ces haines si vives, et elles sont en train de se tourner contre la France; le voisinage les entre- tient. Les Polonais du vieux temps ont préféré les Français aux Allemands; maintenant qu'ils se connaissent, c'est tout le contraire. Si les princes s'aiment, les États suivent; mais ce n'est pas une amitié vraie, solide ni durable. XLIIIe, XLIV-, XLVe, XLVI- PROPOSITIONS. De la nature des services que se rendent les princes, et du degré de reconnaissance qu'ils mé- ritent. REMARQUE. Ces services sont de différentes sortes, volontaires ou non, fortuits ou intentionnels. Dans ce dernier cas seulement nous devons faire tous nos efforts pour en rendre de pareils; mais si un service, même volontaire, n'a pour but que de récompenser une troisième personne, les princes ne sont point tenus à en avoir de la reconnaissance. La raison d'État s'y oppose, et ce ne sont pas les opinions du vulgaire sur ce sujet qui pourraient prévaloir contre des raisonnements certains.