12 ESSAI XLIe, XLII, PROPOSITIONS. L'amitié vraie est rare entre les princes, et nulle entre les États. REMAHQUE. Les princes ont peu d'amitiés vraies et ne sauraient en avoir. Il leur faut une âme dégagée de la passion, pour pou- voir veiller uniquement à la raison d'État. Il y a des exem- ples innombrables des vrais intérêts des princes compromis par eux inter poeula. Au congrès des trois grands souverains Maximilien Ier, Sigismond de Pologne et Louis de Hongrie, fut conclue cette alliance matrimoniale avec les Autrichiens qui donna à ceux-ci entrée en Hongrie et en Bohême. Au congrès de Dresde, où les archiducs d'Autriche se rencon- trèrent avec l'électeur de Saxe, un peu avant la guerre de Pologne, de perfides conseils faillirent perdre ce dernier. Les ministres des puissances sont en outre très-accessibles à l'or. La voix commune, en Allemagne, est que les Autri- chiens ont plus avancé leurs affaires en Westphalie et à Nuremberg par les festins, que dans tout l'Empire par les armes. Commines remarque avec raison que les congrès des grands princes sont dangereux, et il le prouve par l'exemple de Charles de Bourgogne et d'Édouard d'Angleterre. On y fait assaut d'ostentation, et cette vaine parade fait naître plus d'envie que d'amour. Un bon mot a laissé quelquefois dans la plaie un aiguillon qui ne s'efface plus. Jagellon, sauvé par Vitold, fit massacrer son père; Navarre et Guise, ligués d'abord, donnèrent jour à leur mortelle haine sur le théâtre de la France. Quant aux États, ce sont personnes civiles, qui n'ont point d'âmes, ou du moins les âmes des particuliers sont dans un flux perpétuel. Il ne peut donc y avoir entre les États ni amitié ni haine éternelles. On parle beaucoup des mutuelles antipathies de race à race et de peuple à peuple, de celle des Espagnols et des Français, par exemple (dans les livres de Garcias et de La Mothe le