20 PROJET DE CONQUÊTE craint de dépouiller te pacha de son autorité, de le mettre en pri- son, et d'en demander un autre au sultan. Le Turc est presque forcé de fermer les yeux sur des méfaits qu'il ne saurait punir à moins que de compromettre la possession même de la province. Les troubles sont très-fréquents en Égypte; témoin la révolte d'Achmet, pacha de l'Égypte supérieure, en 1660. Il est bon de noter que, lors du tremblement de terre (chose rare en Égypte), et plus tard lors de l'apparition de la comète de 1664, on vit dans ces phénomènes l'augure d'une grande révolte en Egypte. Pendant le même temps, en effet, avaient lieu la conspiration des Arabes d'Egypte qui four- nissent des Timariotes, et celle de leurs voisins. C'est une milice qui nuit aux Turcs eux-mêmes, impatiente de tout frein, ne se battant que pour voler, à la mode des Tartares, et disposée à s'unir aux en- nemis du dehors s'il y a un butin à partager, bien plutôt qu'à ceux qui défendent leur bien et qui n'offrent aucun lucre à leur convoi- tise. Quant aux janissaires et au reste de l'armée égyptienne, son insubordination n'a d'égale que son impéritie militaire. L'Egypte n'a pas eu depuis cent cinquante ans un ennemi; si ce n'est ces en- nemis perpétuels de son repos qui se vantent souvent de compter pour rien tout le reste de l'armée, bien que leur nombre ne s'élève pas à 10,000 hommes. Et de fait ils sont tellement les maîtres qu'ils ont osé mettre le pacha dans les fers, égorger les beys, et faire trembler les forces que le sultan avait envoyées pour les pu- nir. Qui doute qu'à la nouvelle d'une invasion, l'insurrection n'é- clate, universelle; le gouvernement égyptien ne pouvant attendre aucun secours du Turc, surtout si on l'occupe ailleurs? XIX. DES VOISINS DE L'ÉGYPTE NOS SOUMIS A LA TURQUIE. Voyons un peu, de ce côté, ce que nous avons à espérer ou à craindre. Au midi de l'empire turc, nous trouvons les Arabes, les Abyssins, les Dungalites, les Numides, et les autres peuples d'A- frique à l'ouest, la Géorgie et la Perse. Déjà, on lu sait, les Arabes, depuis longtemps maltraités par les Turcs, aspirent à s'af- franchir. A Laxa sur le golfe Persique, et à Bassora sur le golfe d'Arabie, il n'est pas terni compte de Porte. Le roi des Arabes nomades eux-