18 PROJET DE CONQUÊTE subsister. Mais du moment où l'incendie éclatera sur plusieur.; .points à la fois, du moment où la Porte sera occupée par plusieurs grandes guerres extérieures et simultanées, la révolte des pachas éloignés est sûre et infaillible. Il ne serait même pas impossible à notre armée, une fois entrée, de persuader à celui d'Égypte de li- vrer cette province, en lui laissant sa fortune. En effet, il n'existe chez eux aucun amour du prince, et le maître ne les tient que par le lien d'une crainte servile. Or, comme il entrevoit pour dénoù- ment d'une déroute le cordon qui l'attend à Constantinople, il n'est pas douteux qu'après mûr examen, il ne traite avec les Européen pour aviser à sa conservation et à celle de ses richesses; d'autant mieux que de ce côté il a la perspective d'une vie douce, tranquille, prospère et honorée parmi nous. Car il ne faut pas croire que ces gens-là nourrissent contre les chrétiens une haine si implacable; la plupart d'entre eux n'ont aucune espèce de religion. XVII. CONCOURS DES CHRÉTIENS DE TURQUIE. Ils doivent avoir une grande part à cette entreprise imposante. Constantinople, le Caire, Jérusalem, Smyrnc, renferment un grand nombre d'Européens. Opprimés et impuissants par eux-mêmes, ils accueilleront avec sympathie des chefs libérateurs. On sait qu'ils ne se composent pas seulement d'artisans et de marchands; mais il y a aussi des paysans chrétiens répartis dans toute l'étendue de l'empire. Les paysans chrétiens se tiennent dans les bois, les mon- tagnes et les lieux retirés, comme en Arménie, en Cappadoce, en Syrie, à l'exemple des Maronites et des Kurdes d'Europe. Les habi- tants du Péloponèse ou Moréc, les Albanais, les Bulgares, sont des peuples indisciplinés; il ne leur manque que des chefs et l'occasion pour sortir de leurs retraites et proclamer leur indépendance. Je ne parle pas des lies Chypre, Lesbos, Lemnos, Candie, Chio. La Méso- potamie, la Médie, l'Arménie, regorgent de Kurdes. Les Cuphle3 sont des chrétiens originaires d'Egypte. On a vu plus d'une fois des nations, opprimées par un dur esclavage, s'élancer à la con- quête de vastes empires, ayant à leur tète de simples bergers; ainsi ont fait les Arabes, les Tartares, les Turcs eux-mêmes. Gergevil, qui se fraya une retraite du fond des déserts de l'Anatolie, de la Caramanie, nous a bien fait connaître leur état et leur puissance;