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16 PltOJUT m CONQUÊTE

services, même militaires, restant sans récompense un voyant ces
gouverneurs ineptes, qui la plupart du temps doivent leur élévation
au hasard, et parfois it des préférences infâmes, un les voyant, pen-
dant qu'ils tiennent le pouvoir, dont ils savent, par l'exemple de
leurs prédécesseurs, l'éphémère durée, s'appliquer iniquement à
s'enrichir de rapines aussi promptcment que possiblc, avec cette
conviction cependant que ni eux ni leurs enfants ne conserveront
le fruit de ces spoliations, au jour prochain le miitre prcssera
l'éponge et leur fera rendre gorge, et les ruinera eux-mêmes; à
l'aspect de pareilles choses, dis-je, des esprits éclairés ont pensé
que, si Dieu laissait vivant czt empire, ennemi de la chrétienté, c'é-
lait par un dessein secret. Mais lxut-èlre enfin la mesure est-elle
comble peut-être Dieu va-t-il visiter son peuple

Eh bien, si nous lc voulons, fhcure a sonné. Le sultan a perdu
aux yeux de ses séides le prestige de son inviolabilité sacramentelle.
On l'a vu deux fois par les exemples d'Osman et d'Ibrahim. Tons
ses ministres vivent comme en songe, ou comme les acteurs d'une
comédie, semblables à ces végétations fongueuses de la terre, ve-
nues on ne sait d'où, et ne sachant à quoi ils servent. Car ces
hommes sans cœur ignorent le noble souci de l'avenir, et du lende-
main, et de l'immortalité. On en a vu déjà secouer cette léthargie
fatale, et tenter quelques généreux efforts pour se débarrasser du
joug, certains qu'il ne pourrait rien leur arriver de pire quo la mort,
dont la menace est toujours suspendue sur leur front; mais le reste,
comme un bétail stupide, a presque toujours courbe la tète, préfé-
rant à d'honorables périls lu servitude, avec son poids et son igno-
minie.

Ainsi c'est tout au plus s'il arriva jamais que dans l'empire turc
deux pachas conspirassent ensemble de bonne foi; l'un des deux
trahit l'autre. Si deux conjurés s'étaient entendus, c'en était fait de
l'empire. Mais ce qui était au-dessus du pouvoir des pachas, les ja-
nissaires l'ont fait. Osman ayant voulu les mettre à l'ordre, ils
tuèrent Ibrahim, qui avaitosé parler de mort: quand le sultan ac-
tuel était encore enfant, ils ont attenté à sa vie. Le visir Coprogli
s'était insinué dans les bonnes grâces de la mère du sultan aujour-
d'hui régnant, et de son fils lui-même; et, pour se rendre néces-
saire, il fit résoudre la destruction des janissaires. C'est pour cela
que, sous prétexte de survciller la flotte vénitienne, il fit transpor-
ter de Constantinople à Andrinople le siège de l'empire; c'est pour
cela qu'il dispersa cette milice, qui agissait précédemment en
masse, en lui assignant diverses résidences; c'est pour cela, enfin,
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