DE L'ÉGYPTE. 13 trailles, et, d'un jour à l'autre, une catastrophe le menace, pour peu surtout qu'une cause venue du dehors vienne s'y ajouter. Tort le secret des Turcs, c'est que, sans cesse agresseurs, ils n'ont jamais à se défendre. De là leur puissance, leur sécurité, leurs succès. Rien ne les empêche de porter sur un même point les ressources infinies dont ils disposent pour attaquer à l'improviste, habitués qu'ils sont depuis tant de siècles à croire qu'aucun ennemi ne peut menacer ni leurs flancs ni lourdes; puisse la destinée leur prouver bientôt le néant de cette illusion profonde Mais si une fois, sur deux points simultanément, on leur suscite quelque embarras sé- rieux, leur ruine est certaine. Le grand seigneur est une basse in- telligence, un homme cupide, débauché, abandonnant à autrui les rênes de l'empire, Il est odieux aux spahis aussi bien qu'aux janis. saires. L'habitant est pauvre (on sait, en effet, que là, le sort de Naboth est réservé à quiconque est riche); e6 il ne se soucie pas de postérité qui lui serait à charge. De là ces mœurs abominables et l'abandon des femmes en pleine polygamie. Le commerce, l'indus- trie, les manufactures, les bestiaux, tout est entre les mains des juifs. Les Turcs ne se réservent qu'une prétention d'aristocratie guerrière, qui sert de prétexte, comme chez les Espagnols, à une làche oisiveté. La plus claire partie dé ses richesses, le sultan les tire d'Eurnlie et par le canal dé l'Égypte les revenus, de l'avis de gens éclairés, sont hors de comparaison, même avec ceux de la France. La justice y est notoirement vénale jugez quel peut être l'amour des sujets pour les juges; or c'est un des meilleurs moyens de faire fortune. Le sultan actuel, Ibrahim, obéissant aux muftis et à son visir, a vendu des ornements du sérail pour payer ses troupes. Ses trésors, que l'on garde comme sacrés dans des chambres séparées, sous le cachet du collecteur des impôts, consis- tent en objets précieux, comme pierreries, vêtements, tapisseries, b:en plus qu'en monnaie toutes valeurs qui, dans les cas pressants, sont difliciles à réaliser. XIV. LA MARINE TURQUE EST INSIGNIFIANTE. Je ne sais quelle négligence a fait abandonner les fameuses prcs- criptions de Soliman, qui, en. effet, si elles avaient été suivies de ses successeurs, avec toutes leurs ressources navales maritimes,