DE L'EGYPTE. 9
L'eau du Nil, en particulier, est la plus saine des eaux potables;
c'est un breuvage innocent, même pris dans l'ardeur de la fièvre.
Le Nil est le médecin naturel de cette contrée. L'homme qui, se
conformant à la règle mahométanc, veut s'abslenir de vin, ne dé-
pensera pas plus de 3 sous hlancs. Au mois de juin, quand le Nil
commence à déborder, si" la peste sévit (par le fait de l'incurie
musulmane, car autrefois ce fléau y était inconnu), elle disparaît
l'inondation dure jusqu'en novembre. En décembre, janvier, février,
la terre se raffermit; et c'est le temps des travaux de la campagne,
malgré les pluies fines qui tombent à cette époque. En avril et mai
viennent les grands vents; de la fin de mai au milieu de juin, les
grandes chaicurs. C'est immédiatement après qu'il faut saisir le
moment d'agir pour envahir et fortifier le littoral avec plus de fa-
cilité; il vaudrait peut-être mieux choisir l'époque de l'inondation
et des vents, à moins qu'on ne préfère exécuter d'un seul coup
toutes les opérations.
VOICI DE QUOI SE COMMUE LA MILICE ÉGYPTIENNE.
Spahis ou cavalerie légère, 9,000; lanciers ou Mustagerakas,
quelques mille; janissaires réels, car il yen a un grand nombre de
titulaires, 5,000; plus 4,000 Asippes, qui sont une répétition des
janissaires. Au total, en comptant toutes les forces nominales et
effectives soldées, c'est une armée de 36,000 hommes. Si l'on y
ajoute la milice des beys, des Zaimes, des Timariotes et des Arabes
nomades, qu'on peut assimiler à notre arrière-ban de la noblesse,
ce total pelit s'élever à 100,000 hommes. Mais il faut savoir que les
janissaires, quoique très-peu nombreux, dominent avec mépris
tous les autres corps, et peuvent à eux seuls se révolter impunément,
témoignage assez manifeste de la faiblesse générale des ressources
militaires. Les janissaires et les spahis sont toujours prêts à la ré-
volte. Massacrer les principaux beys, s'emparer des pachas eux-
mômes, sont pour eux choses habituelles. En somme toute cette
milice est dépourvue d'énergie. L'Égypte, en effet, depuis deux
siècles n'a pas vu un ennemi. Cette confiance des Turcs ressortira
également de ce que nous dirons bientôt au sujet de leurs fortifica-
tions, qui tombent en ruine. Dû fait, il n'y a pas, malgré leur
pompe guerrière, de plus faibles soldats que les Orientaux, et que
les Égyptiens surloul. Les beys, Zaïmes, Timariotes et le reste des