DE L'ÉGYPTE. 7 court espace de temps lui suffit pour faire une foitune exorbi- tante, quoiqu'il soit obligé de partager le produit avec le sullan. C'est à cause de l'immensité dc ce produit que la durée de ce gou- vernement est bornée à trois ans pour le seul pacha du Caire. Mais les ressources que le grand seigneur tire aujourd'hui de l'Egypte ne sont rien auprès de ce que doit faire produire à une telle contrée l'administration française, en s'associant seulement aux Portugais, et en devenant ainsi la maîtresse du négoce de l'Orient, qui est le plus productif de la terre. Qui, en effet, s'aviserait de lui faire con- currence par le cap de Bonne-Espérance, lorsque tout arrivera plus frais et plus rapidement par l'Égypte? Avant la découverte du nou- veau monde, c'était la grande route de la marine; c'est par cette voie que Venise, Gènes, et, de concert avec elles, les villes libres d'Allemagne, ont acquis leur prospérité. La tyrannie des Turcs força de chercher d'autres communications, non pas meilleures, mais indis- pensables. Si la France, dont les manufactures sont déjà ou seront bientôt les premières de l'Europe, joint à cela le monopole des épices de l'Orient, quelle nation lui disputera le haut bout dans les mar- chés du monde, le sceptre de la richesse et de la puissance ? Mais c'est peu que tout cela. Il est prouvé que, pour soumettre à leur empire l'Inde orientale tout entière, il n'a manqué aux Portugais que d'avoir des armées à y conduire. Avec la clef de l'Egypte, pour mille soldats que pourrait envoyer en Orient le Portugal, la France peut en envoyer dix mille, et personne ne comparera le soldat portugais ù celui de la France. Ainsi par ce chemin voilà un vaste champ ouvert à des agrandissements sans bornes, la carrière tracée pour des exploits à la taille d'Alexandre; voilà l'Évangile porté aux régions les plus lointaines, et la félicité répandue sur toute la terre. La conquête de l'Egypte est plus facile que la con- quête de la Hollande, celle de l'Orient tout entier plus facile que celle de la seule Allemagne. Les maisons de France et d'Autriche se partageront le monde.Al'une écherra l'Orient, à l'autre l'Occi- dent. L'Italie et l'Allemagne seront délivrées de la crainte des Turcs, et les Maures n'inquiéteront plus la Péninsule. Ainsi se trouvera ci- mentée à jamais cette alliance indissoluble, qui assurera à chacune de ces deux grandes dynasties, selon leurs convenances respectives, la suprématie du monde; projet qui, dans un récent congrès tenu au pied des Pyrénées, a préoccupé la sollicitude des sages ministres de ces puissances,