2 PROJET DE CONQUÊTE
préparatifs déjà faits; il doit procurer au roi l'affection universelle
en dissipant les méfiances et les animosités.
Il lui donnera l'arbitrage souverain des affairesetla prééminence
(generalatum) de la chrétienté.
Il ouvrira la route à la postérité, que dis-je ? au roi lui-même
pour des exploits dignes d'Alexandre. Il ne peut souffrir de retard
si l'on ne craint d'en manquer l'occasion.
HISTORIQUE DU PROJET.
Ce projet, anéanti, je ne sais commeut, par la prescription
des temps, fut cependant goûté jadis des grands hommes et des
plus sages comme le seul moyen de rétablir en Orient les intérêts
de la chrétienté.
La première idée en vint d'un captif. Lorsque les rois Philippe de
France et Richard d'Angleterre eurent accompli leur descente en
terre sainte et pris Saint-Jean d'Acre, un prisonnier arabe que les
historiens qualifient de devin, et que je considère, moi, comme un
sage, nommé Caracnx, vint trouver Philippe. Le roi lui ayant de-
mandé ce qu'il pensait de la guerre, il lui prédit que toutes les ex-
péditions des chrétiens en Palestine resteraient vaines, tant que le
royaume d'Égypte ne serait pas anéanti. Cet avis sourit tellement à
Philippe qu'il voulut tourner immédiatement ses armes de ce côté.
Mais Richard, qui déjà avait dévoré en rêve le royaume de Jérusa-
lem, s'y opposa. Philippe, irrité, retourna dans ses États. Richard,
après avoir vu échouer ses efforts, revint ensuite avec le dessein de
s'emparer de l'Égypte; mais il mourut sans l'exécuter. Le projet
fut repris ensuite au concile de Latran, convoqué par Innocent III.
Après de beaux commencements, les chrétiens, qui n'écoutaient
pas qu'une seule voix et une seule volonté, et qui n'obéissaient pas
assez au cardinal l'élage, leur chef, furent battus. Saiut Louis, avec
des forces modiques si on les compare aux ressources actuelles de
la France, résolut d'exécuter le conseil que son aïeul avait reçu du
captif, et prit Damiette après un siège heureux. Mais, comme lui-
mèmele mandait à ses barons qu'il avait laissés en France, s'étant
trop avancés dans l'intérieur des terres avant que de s'assurer la
possession de la mer et du fleuve, les Français furent enveloppés,
vaincues et faits prisonniers, S'ils se fussent contentés de l'occupa-