INTRODUCTION. XLIII raison, sans vertu et sans mérite, dont les com- mandements, quelque injustes qu'ils soient, sont des lois, les actions, quoique irrégulières, des exem- ples, et les jugements, surtout dans les affaires d'État, des résolutions auxquelles on ne peut s'oppo- ser, » lorsqu'il nous dépeignait « de quelle manière les hommes y sont élevés tout d'un coup par la flat- terie, par le hasard et par la seule faveur du sultan, aux plus grandes, aux plus importantes, aux plus honorables charges de l'empire, sans avoir ni nais- sance, ni mérite ni aucune expérience dans les affaires, » et qu'il ajoutait avec une véritable élo- quence « Il fait nuit dans leurs âmesserviles; sortis de leurs déserts, ignorant le monde, ils vivent, pour ainsi dire, au jour le jour on dirait qu'ils jouent un rôle sur un théâtre. Semblables à l'aqueduc qui se détruit en laissant couler ses eaux, la coutume les use et les ronge; chez eux la propriété n'est pas hé- réditaire. Nul souci de postérité ou d'immortalité ni générosité, ni enthousiasme point de commerce, d'industrie, ni de science nautique tel est le tableau de l'empire et le secret de sa faiblesse » on peut se demander si Leibniz n'était pas bien plus au vif des questions et dans le grand courant de l'histoire qui conclut à l'élimination finale de la race turque et à la cessation de ce scandale de la puissance ottomane, que ces poëtes de cour comme Racine, qui, dans la préface de Bajazet, s'extasiait sur les