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xxxvi INTRODUCTION.

11 est remarquable même que Leibniz, qui blâ-
mait les croisades et ne souhaitait point le retour des
guerres saintes, ne fut pas compris, précisément
parce qu'il était trop en avant de son époque. Son
projet tout moderne est surtout basé sur la statisti-
que, l'économie politique et les intérêts commerciaux.
Un habile historien a pu y relever quelques er-
reurs historiques; nous ne craignons pas de le livrer
à l'examen des économistes. Les vues qu'il y énonce
sont généralement sages (1). L'idée d'acquérir à la
France le commerce de la mer Rouge et le commerce
de l'Inde par Suez en fait la base. C'est là, suivant
lui, le but prochain et facile à atteindre de l'expédi-
tion d'Égypte. Certes nous ne prétendons pas que
Leibniz ait prévenu ce hardi Français qui veut faire
que ces paroles de Leibniz soient une réalité. Leib-
niz, tout en reconnaissant les avantages de la posi-
tion de l'Égypte et en indiquant ce naturel trait d'u-
nion des deux mers, d'isthme devenu canal, n'a pas
suivi dans le détail les possibilités de la jonction des
deux mers et a laissé tout à faire aux modernes.
Mais ce qu'on ignore, et ce qui nous paraît tout
aussi important pour sa gloire, c'est que, si encore
Leibniz était eu avant de son temps, toutefois les faits
lui donnaient pleinement raison. L'affaire de la mer
(t) Ce qui accroît les richesses d'un pays, dit-il à Lonis XIV, c'est la
fertilité du aol, l'industrie et le nombre restreint des mariages. » Leibniz
est Mallhusien, voir p. 271.
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