XXXII INTRODUCTION. elle parmi les princes allemands réunis à Schwal bach, et que, dans ce nouveau mémoire, il vient of- frir à Louis XIV l'empire du monde! Comment celui qui en 1670 rédigeaitsous letitre de Securitas publica une sorte de manifeste de la triple alliance où il dé- nonçait à l'Europe le danger de la monarchie univer- selle, serait-il deux ans plus tard passé dans le camp français avec sonConsilium Ægyptiacum ? Comment enfin l'auteur du Mars Christianissimus, c'est-à-dire du pamphlet le plus violent contre la suprématie universelle de la France en Europe, serait-il venu lui offrir cette souveraineté de ses propres mains? Évidemment il y a là un sous-entendu qui seul peut expliquer ce mystère, et ce sous-entendu perpétuel qui souligne et justifie le mémoire à Louis XIV, c'est l'idée allemande qui, nulle part indiquée, était par- tout présente dans ce projet. Leibniz, très-préoccupé des progrès delapuissance française, veut essayer, si- non de contenir le fleuve qui déborde, du moins de lui trouver un autre lit. C'était déjà la pensée qui lui inspira le Securitas publica. De là aussi le projet de conquête de l'Égypte (1). L'idée d'une suprématie de la France en Orient avait, il le croyait du moins, (1) Si l'on en doute; qu'on lise ce passage du Securitas publica, écrit deux ans plus tôt et oil il montrait déjà l'Égypte au jeune roi: « Je trois que, si le roi de France avait Conslantinople et le Caire, en Asie, c'en seraiF fait de l'empire turc. Dieu veuille qu'il cherche une telle voie pour aller à la monarchie universelle Mais, là-dessus, nous avous encore bien des craintes à avoir. » P. 20.