INTRODUCTION. xxxi recommande de retenir à tout prix l'Angleterre dans son alliance. Faire de la France une puissance mari- time de premier ordre, pour cela ruiner le commerce de la Hollande dans les Indes orientales, telle est toute l'économie de ce projet. On peut trouver cette base trop étroite et ce raisonnement trop exclusif. C'est le tort des esprits philosophiques de pousser la logique à outrance. Louis XIV avait d'autres intérêts plus directs et plus pressants peut-être, à rester sur le continent. Ici nous ne pouvons que déférer aux savantes observations de l'illustre Secrétaire per- pétuel de l'Académie des sciences morales et poli- tiques. Mais, lors même que la conception fondamentale de Leibniz n'aurait pas pour elle l'histoire et l'ex- périence des hommes d'État, et qu'elle serait en dé- saccord avec la politique traditionnelle de la France, qui est de s'allier à la Turquie elle pourrait encore concilier à son auteur l'estime de tous les patriotes. Il est en effet une troisième manière d'envisager son projet, qui me parait avoir complètement échappé à ses juges un peu prévenus. C'était celle-ci « Détour- ner la puissance de Louis XIV du continent euro- péen, et pour cela lui trouver un autre cours en Orient. » Qu'on veuille bien réfléchir que Leibniz n'est pas Français, mais Allemand, qu'il n'a jamais passé pour une créature de la France, que même, deux années plus tôt, il sonnait le tocsin d'alarme contre