INTRODUCTION, xxix Quant à l'idée fondamentale de ce plan « ruiner les Hollandais dans l'Inde en les atteignant dans leur commerce, c'est-à-dire dans les sources mêmes de leurs richesses, » c'est toujours une grosse question de savoir s'il vaut mieux attaquer la métropole dans ses colonies que sur son propre territoire, et quels seraient au juste les résultats d'une colonisation de l'Égypte. Heeren partage sur ce point les doutes de M. Mignet, puisqu'il ne croit pas aux avantages di- rects de la colonisation de l'Égypte comme route de l'Inde, qu'il faudrait d'abord avoirl'empire de la mer avant de rien tenter sur ces contrées, et que le pre- mier consul lui-même, s'il a eu l'idée d'y conduire une expédition, y a renoncé (1). Mais, outre qu'il ne s'agit pas ici d'une expédition dans l'Inde, mais d'une concurrence commerciale, il est certes difficile de soutenir plus fortement cette dernière opinion que écarter complétement l'idée que l'Egypte serait pour le vainqueur Ja route de l'Inde, s'il était d'ailleurs fortement établi dans cette contrée, il s'atlache elle-même, et par rapport à l'Afrique même, au sud de l'Asie et à l'Ara. bie. En quoi il ne se sépare pas autant qu'on pourrait le croire de Leibniz, qui n'a pas négligé ce côté de la question dans son mémoire. La vérité nous parait donc être dans Leibuiz corrigé par Heeren. (t) Heeren remarque que lei Hollandais n'ont rien tenté par cette route pendant leur domination dans et et que les Anglais, bien qu'ils l'aient essayé, ne paraissent pas y avoir attaché grand plix. Mils la question me parait tout autre. Il s'agit de savoir si les maUres de l'Inde n'auraient pas à redouter la concurrence des autres peuples de l'Europe et surtout des peuples méditerranéens, une fois maîtres de l'Égypte. Malgré le dédain affecté par le Times pour l'entreprise du canal de suez, on peut conclure du mauvais vouloir persistant de l'Angleterre, qu'elle est, au fond, de l'avis de Leibniz.