XXVI INTRODUCTION. déclarer la guerre aux Hollandais, pour empêcher Louis XIV de la faire aux Turcs. Sur ce point, donc, Leibniz pouvait et devait se croire fortement établi sur le terrain des faits, et son projet, discuté avec un politique comme Boinebourg et un électeur comme celui de Mayence, n'avait rien que de très-politique. Leibniz, d'ailleurs, n'était pas seul dans ce pro- jet. La participation de Boinebourg est démontrée ( 1). Or le baron de Boinebourg était un vrai politique, ministre éclairé de félecteur de llqayence, pensionné par Louis XIV pour les services qu'il pouvait rendre, l'ami de Conring, qui avait fait dans le temps un projet analogue (2), l'ami et le protecteur de Leib- niz, qui le caractérisait en deux mots Magni ingenii et eruditionis stupendæ. Par Boinebourg, Leibniz avait gagné l'électeur, prince éclairé sans lequel rien ne pouvait être traité officiellement avec la cour de France, et qui encourageait l'affaire. Enfin, le mar- quis de Feuquières, notre ministre à Mayence, non- seulement était dans le secret, mais se montrait fa- vorable au projet. Jean-Philippe était un grand prince. Boinebourg joignait à la largeur des vues ( ) Gulnrauer en a rempli ses deux volumes de Kurmainz, et croit même que l'un des deux projets est l'œuvre de Boinebourg. Ce qui est plus vrai, c'est que Leibniz le met toujours en avant, à cause du rang et de l'éti- quette. (2) De Betlo contra Turcas féliciter gerendo dédié à Gravel, 1664. Boinebourg nourrissait depuis dix ans l'idée d'une croisade on plutôt d'une coalition générale de toute l'Europe contre la Turquie. Il allait, en cela, plus luin que Leibniz- (Voir Kurmainz, tome 1, p. 63.)