INTRODUCTION. xxv perpétuel moins prompt à lui contester sa thèse. M. Mignet se prononce contre le plan de Leibniz 1° parce que les Turcs étaient les alliés naturels de la France contre la maison d'Autriche, et seuls capa- bles, comme ils le montrèrent plus tard, de faire une diversion puissante en sa faveur; 2° parce que l'idée d'aller combattre les Hollandais en Égypte, lorsqu'on pouvait les atteindre sûrement chez eux en quelques jours de marche, était vraiment par trop naïve (1). Ces considérations peuvent être justes, mais elles ont contre elles d'être démenties par les faits. La di- plomatie de Louis XIV en Orient, l'histoire de ses rapports et de sa rupture avec la Porte (2), le rap- pel de son ambassadeur le sire de la Haye, en 1670, l'envoi du sire de Nointel, chargé des conditions de la France et du renouvellement des capitulations, les paroles, enfin, par lesquelles se termine l'audience que lui accorda le sultan, tout prouve que les rap- ports entre la France et la Turquie étaient alors très- tendus, et qu'il ne fallut pas moins que le désir de (1) Michaud, en quelques phrases pompeuses, à son ordinaire, blâme le projet de Leibniz, qu'il trouve romanesque et plutôt fait pour une tête romantique et pleine d'idées superstitieuses, comme celle du premier consul Bonaparte, que pour le cerveau d'un roi politique comme Louis XIV. (2) nous nous sommes servi, pour rétablir les faits, du Journal du voyage d2s chevalier Chardin en Perse et aux Indes orientales, par lu mer Noire et la Colchide, Lyon, 1697, 2 vol. in-8, et des Mémoires du sieur de la Croix, ci-devant secrétaire d'ambassade de Constantinople, contenant diverses relations très-curieuses de l'empire ottoman. Parts, 1684, 2 vol. in-12.