INTRODUCTION. xxi conception grandiose qui a eu le mérite de l'oppor- tunité, tandis que celle de Leibniz plus étonnante peut-être, a eu le tort de venir un siècle trop tôt. ILserait facile de prouver que deux ordres de consi- dérations parfaitement originales et diverses,'et pres- que contradictoires, présidèrent à ces deux concep- tions d'une part, l'astre de Louis XIV qui com- mmençait à se lever sur le monde et les terreurs inspirées au génie philosophique par l'approche d'une nouvelle monarchie universelle; de l'autre, l'astre nouveau de ce jeune conquérant sorti des entrailles de la révolution, porté par elle, et qui, d'après l'anti- que tradition des conquérants, allait chercher à res- saisir en Orient le prestige qui lui manquait pour ac- cabler sa patrie et aspirer à la domination universelle. Ainsi Leibniz montrait du doigt l'Orient à Louis XIV pour détourner le flot envahisseur de sa puissance et en faire le libérateur et le civilisateue de ces con- trées barbares. Bonaparte regardait l'Orient pour y trouver un nouvel appui pour ses rêves de conquê- tes trop tôt réalisés, et ses aspirations à dominer l'Eu- rope. Le conquérant réalisait le rêve du philosophe, mais, par une fatalité de la conquête, il faisait sortir la servitude d'où l'autre attendait la liberté.