LII INTRODUCTION. Leibniz et le prince Eugène. Le prince Eugène de Savoie, généralissime des ar- mées de l'Empereur, le plus grand homme de guerre et le premier homme d'Etat de l'Allemagne, ne vou- lait pas de la paix et dissuadait l'Empereur de la faire. L'histoire nous apprend qu'il assistait à Vienne au conseil où les préliminaires de paix envoyés par Louis XIV furent examinés en présence de l'Empe- reur, puis rejetés. Nous savons même qu'il prit la plume ou la fit tenir par le baron de Carls-Croon, historiographe de S. M. I., pour justifier ce refus. Si l'on compare ce document imprimé aux nouveaux écrits de la période de Vienne, on sera frappé des nombreux rapports qu'ils présentent. Ce fait n'a rien qui doive surprendre. Leibniz vivait, à Vienne, dans la familiarité du prince Eugène qui l'avait dis- tingué il correspondait avec lui et était reçu comme un ami. Devenu l'hôte du palais du Belvédère, où il dînait souvent (1), Leibniz fut très-mêlé à la politi- que de 1713, consulté sans doute par le prince, et très-certainement chargé de composer un écrit con- tre la paix d'Utrecht. Leibniz rédigea donc sa lettre à un milord tory, sur la pai.x d'Utreclet inexcusable, et l'envoya à une Excellence qu'il se contente d'appe- ler Monseigneur, mais qui ne peut être que le prince Eugène. Cet envoi d'un mémoire politique sur les affaires du temps est assurément moins étrange que la dédicace de la Monadologie, qu'il lui adressa l'an- (t) Voir sur Leibniz et le prince Eugène notre communication à l'Académie de Vienne, octobre 1857, insérée dans le tome XXV de ses Mémoires, p. 129.