INTRODUCTION. xivti
veau pour le siècle de Louis XIV; mais, si le droit
l'était, l'argument qu'on en tire ne l'était pas. La
France l'opposait déjà à l'Empereur, et Leibniz y ré-
pond dans le Manifeste, et surtout dans une lettre très-
considérable que nous avons citée au bas de ce mani-
feste. « Ce principe des ennemis des monarchies, dit-il,
qui mottent toat le suprême pouvoir dans le peuple, es-
tant hautement désapprouvé et passant pour séditieux
en France, comme l'auteur des avis aux réfugiés (1) a
fort bien montré, cependant, comme vous pourriés
avoir double poids et double mesure, approuvant et
désapprouvant des dogmes suivant vos intérêts, il faut
(1) Leibniz avait envoyé au landgrave de Hesse ce livre, dont
l'auteur présumé, M. de la Roque, reprochait aux Réformés d'a-
voir des principes anarchiques, soulevait la question si controver-
sée entre catholiques, et même parmi les sectes protestantes, du
droit des sujets à la révolte dans certains cas, et la résolvait par la
négative. Leibniz, dans une lettre ay landgrave, réfute le radica-
lisme de Bellarmin, qui croit la résistance permise, cite Hubert
Languet, Buchanan et Paréus, qui sont du même avis., bien que,
dans un autre sens, il condamne la théorie contraire de Hobbes, qui
déclare la souveraine puissance indivisible, et il s'en tient au sen-
timent de Grotius qui « ne permet aux sujets de résister que
lorsqu'ils sont menacés des derniers malheurs. » Il écrit à Boine.
bourg, t695, encore dans le même sens « Quant à ce que vous
touchez, Monsieur, de cette grande question de la puissance des
souverains et de l'obéissance qui leur est due par les peuples, j'ai
coutume de dire qu'il seroit bon que les princes fussent persuadés
que les peuples ont droit de leur résister, et qu'au contraire les
peuples fussent persuadés de l'obéissance passive. Cependant je
suis assez du sentiment de Grotius, et je crois que régulièrement
on doit obéir, le mal de la révolte étant ordinairement incompa-
rablement plus grand que ce qui en donne sujet. J'avoue pourtant
que le prince peut aller à un tel excès et mettre le salut de la ré-
publique en un tel danger, que l'obligation de souffrir cesse; mais
ce cas est bien rare. »