INTRODUCTION. xcv contre l'injustice ou la violence. De ce point de vue supérieur, Leibniz avait raison contre Louis XIV. Après tout, cette politique outrée et tyrannique, ou même révolutionnaire, de Louis XIV, était-elle donc si habile? C'est elle qui a créé le système des coali- tions contre la France et suscité l'antagonisme de l'Europe contre elle. C'est elle encore qui lui a aliéné la Hollande autrefois alliée et fidèle, la Suède récom- pensée de ses services par une noire ingratitude, l'Es- pagne toujours jalouse et défiante, le Pape humilié et trahi, et l'Allemagne vaincue, mais toujours frémis- sante. C'est elle enfin qui a créé de eaouveauat intérêts des princes rle l'Europe (1), et qui l'a empêchée de recueillir par la modération des avantages plus réels et plus grands que par une guerre longue et dispen- dieuse. On peut donc fort bien lui opposer la politi- que de Leibniz fondée sur le droit, sur le respect des traités et du droit public. Si même on ne craignait de passer pour chimérique, ne pourrait-on pas dire qu'en suivantles plans de Leibniz, Louis XIV eût ac- cru sa puissance et augmenté sa grandeur, sans de- venir pour l'Europe un objet d'effroi; que, s'il eût accordé son attention à ce projet d'expédition d'É- gypte que Leibniz vint lui présenter à Saint-Ger- main, au lieu de le faire remercier un peu dédaigneu- sement par Pomponne, la France eût trouvé, dans cette expédition, une autre Hollande, une Hollande orientale plus riche et plus abondante que l'autre, (0 C'est le titre d'un des livres que Leibniz examine dans le t. III, p, 49.