INTRODUCTION. XLIII, point de vrai jurisconsulte qui ose raisonner comme on y fait, de peur de se prostituer. Il ne faut avoir que ce qu'on appelle une jurisprudence cérébrine, c'est-à-dire que les personnes peu instruites se for- ment dans leur tête sur de légères apparences, pour confondre la condition avec la cause, exprimée dans quelque disposition. Les vrais jurisconsultes y ont pourvu, il y a longtemps, en rejetant cette excep- tion dans un tel cas. Caïus, ancien jurisconsulte ro- main, dans la dix-septième loi du titre des Digestes, qui traite des conditions et désignations, fait déjà cette distinction. » De ce point de vue, il est donc vrai de dire que Leibniz a gagné son procès. Et cependant, qui donc ignore que l'Autriche a perdu le sien? Il en est pres- que de même de la plupart des causes qu'il a plaidées pour l'Autriche il les a presque toutes gagnées au point de vue du droit et perdues au point de vue politique. A la même époque où Leibniz .écrivait ce plaidoyer, Torcy résumait ainsi l'affaire dans le con- seil du roi Louis XIV (i). Il se prononça pour l'ac- ceptation du testament, sans dissimuler les inconvé- nients et les dangers de cette résolution. Il dit que le Roi serait accusé de violer sa parole, qu'il s'expo- serait à une guerre inévitable, qu'il inquiéterait les princes voisins, que ses peuples respiraient à peine des maux d'une longue guerre. Mais il dit, d'un autre côté, qu'on n'avait pas à se décider entre la guerre (1) Voir M. Mignet, Négociations relatives à la succession d’Espagne, t. p. LXXVIII.